martes, 28 de febrero de 2017

LE THÉÂTRE ET L’INDÉPENDANCE DU MAROC DEPUIS LE 11 JANVIER 1944



LE THÉÂTRE ET L’INDÉPENDANCE
DU MAROC AUTOUR DU MANIFESTE
 DU 11 JANVIER 1944
    “Le théâtre est le reflet de la vie.”, lit-on laconiquement dans Intoduction des “Lectures intégrales, Théâtre /3” – Paris, Ed. LGF, 1986, p.6. Certes, cela nous conduit à aborder l’avènement du théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944, revendiquant l’indépendance du pays colonisé (1912-1956), en langues arabe et française, dans le corpus dramaturgique retenu (1923-1991). En  témoigne cette réflexion éclairante de feu S.M. Hassan II, dans “Le défi”: “C’est ainsi que fut fondé, le 10 décembre 1943, le Hizb al-Istiqlal, Parti de l’Indépendance, et que, quelques jours plus tard, le manifeste du mouvement fut soumis à mon père qui l’examina et en approuva les termes. […] Le roi demanda que ce Manifeste fût communiqué en même temps, le 11 janvier 1944, aux autorités françaises, américaines et britanniques. L’ambassadeur de l’URSS à Alger en reçut, lui aussi un exemplaire.» – Paris, Ed. Albin Michel, 1976, p.35. C’est aussi le cas du rôle vital du théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes  préalables pour l’indépendance en langues arabe et française, de 1922 à nos jours. Aussi verrons-nous: 
  I) La genèse du théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes préalables pour l’indépendance en langues arabe et française.
   II) Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes  préalables pour l’indépendance en langues arabe et française.
   III) Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 l’indépendance par les réformes et la démocratie en langues arabe et française. 
      I- La genèse du théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes préalables pour l’indépendance en langues arabe et française :
      Pour ce qui est de la genèse du théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes préalables pour l’indépendance en langues arabe et française, il est historiquement loisible de constater que l’adoption du théâtre comme instrument socio-éducatif des masses par les nationalistes marocains pourrait s’inscrire dans la campagne théâtrale de feu leader Allal El Fassi contre le théâtre de propagande coloniale, relatée par Mohamed El Alami à cet égard: “Cette troupe [coloniale de Lamnioui fomenteur d’un complot raté contre Allal El Fassi], et financée par le capitaine Rodinot, agent de la Résidence, à Fès [au Sud du Maroc, sous Protectorat français], se rendit à Tétouan [au nord du Maroc, sous Protectorat espagnol], pour présenter une de ses pièces théâtrales, mais Allal écrivit aux nationalistes de Tétouan leur demandant de boycotter les représentations. Et effectivement la troupe de Lamnioui, qui fut présentée à la population pour ce qu’elle était, c’est-à-dire un simple noyau de propagande colonialiste, subit un échec total dans sa tournée.” – “Allal El Fassi, Priarche du nationalisme marocain”, Casablanca, Ed. Dar El kitab, 1975, p.56. 
       II- Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes préalables pour l’indépendance :
     Nul n’a mieux su exprimer l’impact du théâtre sur la vie publique que Beaumarchais (1732-1799), cité par Michel Etcheverry en ces termes: “Le théâtre est un géant qui blesse à mort tout ce qu’il frappe. On doit réserver ses grands coups pour les abus et pour les maux publics [v. ici le colonialisme].” – “Beaumarchais”, “Lectures intégrales”, Op.cit., pp.12-13. En effet, selon Abdelkader Smihi, Allal El Fassi avait accueilli favorablement la fondation, en 1926,  de la troupe théâtrale des élèves du lycée Moulay Idriss, à Fès: “Un groupe des anciens élèves de l’école Moulay Idriss de Fès, composé de MM: Larbi Douiri, Mohamed Belarbi El Fassi, Larbi Kassara, entreprit de fonder une première troupe théâtrale à Fès, et ce à leur retour du Caire, en 1923 (…). Du fait, une première association dramatique se constitua sous la présidence de Mohamed Zghari. La première pièce que la troupe représenta fut celle de “Salâh Ed-Dîn Al Ayûbî” [Saladin] de Njib Haddad, au théâtre «Grabando» de Boujloud.” – “Nach’atu al masrahi wa ar-riâdati fî al maghribi” (La naissance du théâtre et du sport au Maroc), Rabat, Ed. Maktabatu al Maârif, 1986, pp.274-275.
       Au Nord du Maroc colonisé par l’Espagne, le leader Abdelkhalek Torrès  rapporte, en 1946 : «Venait de paraître La revue «Al Anwâr» [Les lumères] : et eut un accueil favorable dans tous les milieux, une revue qui, par sa subtilité et la beauté de sa facture, est étrangère à notre pays, car il s’agit d’une revue théâtrale dans un pays sans  théâtre.” – “Hâjatunâ ilâ masrahin” (Notre besoin d’un théâtre), “Min Thurât at-Torrîs”, Ed. Arissala, 1970, p.75. En vérité, “le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes pour l’indépendance en langues arabe et française” fait suite chronologiquement à deux plans de réformes présentés successivement : à Madrid, le 1er mai 1931, par les nationalistes marocains de la zone Nord et le 1er décembre 1934 à Paris, par les nationalistes marocains de la zone Sud.
     “Toutefois, écrit M. El Alami, les nationalistes réclamaient des réformes dans le domaine de la politique générale et des libertés publiques. Le C.A.M. [le Comité d’Action Marocaine – 1934, au Sud] demandait notamment l’abolition de la politique des «grands caïds», la création de municipalités élues, de chambres économiques régionales élues et d’un conseil national élu, dont les décisions seraient subordonnées à l’approbation du Sultan, seul détenteur de la souveraineté. Le C.A.M. ne rejetait pas le principe du Protectorat. Tout au plus, son ambition était-elle de le transformer en une sorte de mandat, formule que la Société des Nations [la S.D.N.] avait mise à la mode, après la guerre de 1914-1918.” – Op.cit., p.63. Ce fut l’étape inféconde des réformes préalables, pour l’accès à l’indépendance, (1912-1944). Elle sert de source au théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944, en langues arabe et française, des réformes à la fois: socio-éducatives, éthico-politiques et ethnoculturelles. D’où :
      1- Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes préalables socio-éducatives pour l’indépendance en langues arabe et française:
      D’emblée, notons  que la plupart des pièces en langues arabe et française, citées du corpus (1922-1992), sont par leurs dates de parution ou de représentation tantôt antérieures tantôt postérieures au Manifeste du 11janvier 1944 et à l’indépendance du Maroc, en 1956 et s’étendent par leurs thèmes jusqu’à nos jours (2017). D’où par exemple la pièce : “Intisâr al haqqi bi al bâtil ” (La victoire du juste par l’injuste - 1933), d’Abdelkhalek Torrès (1933-1970). Ecrite en langue arabe par A. Torrès en 1933, la pièce “Intisâr al haqi bi al bâtili ” (La victoire de la raison par la superstition), ne fut jouée qu’en 1936 par le comité dramatique d’“Al Maâhad al Horr” (l’Institut libre – 1932) – R. Heddadou, “Masrahu Abd El khaleq Torrîs” (Le Théâtre d’Abdelkhalek Torrès), Tétouan, Ed. Dar Chwiakh, 1988, p. 91.  Il y traite de la société marocaine en quête de son identité nationale, défaite par le colonialisme, en proie aux coutumes archaïques, à l’ignorance, aux maladies, à la misère et aux fausses croyances. En témoigne cet extrait de la pièce :
       +"Le père: Je n’accorde aucune valeur à ton voyage en Espagne [Métropole du Protectorat], comme si tu avais épuisé toutes les sciences de ton pays natal [Tétouan]. Maîtrise d’abord ce que détiennent les scientifiques de ta patrie, ensuite si tu es encore avide – sans faille – de sciences, voilà Fès [notre capitale intellectuelle] devant toi. Quant à aller apprendre la civilisation, l’adultère et le clinquant, c’est une chose à laquelle je ne saurais consentir ni me permettre.
             "Le fils: …Mais si je désire partir pour Madrid, c’est que ma vocation pour la science moderne est si forte et qu’un homme ne saurait  exceller en une chose que si sa vocation y est plus forte qu’en toute autre. Et puis, nous avons chez nous suffisamment de spécialistes de la méthode marocaine traditionnelle, alors que la nation a besoin de qui la guiderait dans son obscurité actuelle et lui désigner la voie du salut. Il est indigne de nous de rester  dans toutes nos affaires dépendants d’autrui. »” – Acte 1, sc.1, Op.cit., pp.135-137.
         “Certes, spécifie le feu leader A. El Fassi, nous avons continué [en 1925] à œuvrer pour la création de plusieurs écoles [libres] réformistes dans différents centres [urbains et ruraux] qui furent le noyau autour duquel se regroupaient des catégories actives locales [de militants]. Mais, elles furent le plus souvent fermées par l’autorité [coloniale, au Sud, au Nord du Maroc et à Tanger].” – “Al harakâtu al istiqlâliatu fî al Maghribi al arabî” (Les mouvements d’indépendance au Maghreb arabe), Tanger, Ed. A. Guessous, 1948, p.139. “Et en octobre 1928, écrit Jean Wolf, il [Haj Abedeslam Bennouna] envoie une première mission (il y en aura d’autres!) d’étudiants marocains suivre des cours [des études] à  l’école secondaire palestinienne «Najah» [en Palestine] qui jouit d’une flatteuse réputation aussi bien dans le Maghreb qu’au Moyen-Orient.” – “L’épopée d’Abd El khaleq Torres”, Casablanca, Ed. Eddif-Balland, 1994, p.154-155.
       2- Le théâtre et l’indépendance autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes préalables éthico-politiques pour l’indépendance en langues arabe et française:
        Les réformes préalables éthico-politiques ont effectivement motivé en amont le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944, pour l’indépendance en langues arabe et française, mettant en cause l’image  avilie de la société marocaine  diffusée par la colonisation. “La société colonisée, indique Frantz Fanon, n’est pas seulement décrite [par le colon] comme une société sans valeurs. Il ne suffit pas au colon d’affirmer que les valeurs ont déserté, ou mieux n’ont jamais habité le monde colonisé. L’indigène est déclaré imperméable à l’éthique, absence de valeurs, mais aussi négation des valeurs.” – “Les damnés de la terre”, Paris, Ed. Maspéro, 1968, p.10.  Ce dont rend compte la pièce : -“Yâ Abd El Krim!” (Ô, Abdelkrim! - 1958) de Mohamed El Haddad (né au début du XXe siècle):
         C’est à quoi renvoie cette déclaration de M. El Haddad, dramaturge de langue arabe, au public théâtral de la ville de Tétouan, le lendemain de la représentation de sa pièce “Al Walid Ibnu Abdi al Malik”, en octobre 1928, empreinte de la volonté du théâtre et l’indépendance autour du Manifeste du 11 janvier 1944 pour les réformes préalables éthico-politiques pour l’indépendance de la société marocaine du joug colonial : “Messieurs, [dames] le même jour qu’aujourd’hui de l’an dernier 1347 [de l’H./1928] débuta notre première expérience dans le théâtre. Nous invitâmes la jeunesse [marocaine] d’y assister, étant donné ce qu’il dispense comme leçons civiques [réformes éthico-politiques]. Nous reçûmes alors l’encouragement du public, comme nous le reçûmes de vous aujourd’hui.” – “Nach’atu al masrah…”, Op.cit., p.95. La pièce glorifie Mohamed Abdelkrim Al Khattabi (1882-1963), feu leader de la guerre du Rif (1919-1926) et les causes éthico-politiques de sa reddition face à la coalition militaire franco- espagnole. On y lit :
   + “Le soldat: Salut Ô héros!
      “Abdelkrim: Salut à toi, brave homme! Qu’as-tu apporté comme nouvelles? 
      “Le soldat: Nos forces ont affronté les forces françaises, mais nos forces durent lâcher pied et furent contraintes de beaucoup reculer. Elles furent traquées par les forces françaises. Les forces espagnoles voulurent en profiter et ils auraient coupé la route devant nous, sans la fermeté dont firent preuve nos hommes. Ce qui obligea les Espagnoles à revenir vers leurs positions.
       “Abdelkrim (A part): La cause est perdue (Au soldat) retourne immédiatement auprès de tes compagnons, et donne leur l’ordre de tenir bon, de patienter et de combattre les ennemis." – Acte 5, sc.1, Op.cit., p.268.
     Or, tel que le dévoile F. Fanon, au sujet de  l’éthico-politique du colonisé : “Pour le colonisé, être moraliste [éthico-politique] c’est, très concrètement, faire taire la morgue du colon [v. du traître à la patrie], briser sa violence étalée, en un mot l’expulser carrément du panorama.” – Op.cit., pp.12-13. A. Belhachmi dépeint dans cette pièce de langue française le drame d’une famille révoltée contre un père irascible Omar, juge, félon au service du règne  du roi fantoche Mohammed Ben Arafa, lors de l’exil du roi légitime Mohamed V, par  la résidence générale du Protectorat français, à Rabat, (1953- 1955). Ainsi est-t-il du crime de haute trahison, parmi les valeurs éthico-politiques fréquemment dénoncés dans le théâtre et l’indépendance autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes préalables  pour l’indépendance. Civisme, patriotisme et citoyenneté engagée au service des réformes éthico-politiques pour l’indépendance, exaltés à travers la guerre du Rif (1919-1926), et l’exil de feu S.M. Mohamed V (1953-1956). Telles sont les valeurs prônées également dans la pièce en langue française : “L’oreille en écharpe” (1956) d’Ahmed Belhachmi (né en 1927-), dont notamment cet extrait :    
      +“LA FILLE.- Je sais que la nomination de papa t’a beaucoup affectée.
          LA MÈRE: Se laisser nommer juge dans ces conditions! C’est ignoble!
          LA FILLE.- Que veux-tu… il était sans travail…
          LA MÈRE.- Sans travail, il aurait dû rester.
          LA FILLE.- Et nous?
         LA MÈRE.- Que dis-tu, «et nous»? Valons-nous donc mieux que ce peuple entier qui croupit dans ces cachots étroits [les nationalistes]. Valons-nous donc mieux que ces hommes qui ont préféré vivre réellement captifs dans un désert [le leader Allal El Fassi, etc.] plutôt qu’apparemment libres dans un palais? Valons-nous mieux surtout que cet homme qui a fait don de sa personne, de sa famille, de son trône; valons-nous mieux que cet homme dont la hauteur de caractère et la noblesse d’âme rallient – quand ils y pensent – jusqu’à ses opposants [feu S.M. Mohamed V]?..." – Acte 3, sc.1, Op.cit., pp.114-115.
        «L’unité nationale, écrit F. Fanon, est d’abord l’unité du groupe, la disparition des vieilles querelles et la liquidation définitive des réticences. Dans le même temps, la purification [éthico-politique] englobera les quelques autochtones qui, par leurs activités, par leur complicité avec l’occupant ont déshonoré le pays. Par contre les traîtres et les vendus seront jugés et châtiés. Le peuple dans cette marche continue qu’il a entreprise légifère, se découvre et  se veut souverain.” – Op.cit., p.82.
     C’est le cas aussi de la défaite du traître rebelle Djilali ben Driss Zerhouni (alias Bou Hamara: 1862-1909), antihéros de la pièce d’Abdelkbir Khatibi : “Le prophète voilé” (1979) Ce félon dont  J. Wolf évoque : “C’était un Berbère arabisé, nommé Djilali ben Driss Zerhouni el Youssefi, âgé d’une quarantaine d’années, originaire du village des Ouled-Youssef, dans le Zerhoun. […] Après avoir voyagé en Algérie et en Tunisie, […] rentra au Maroc; et, pour vivre, il dut s’établir aspirant-marabout [faux prophète] sous le vocable de Bou Hamara […].Vis-à-vis de la foule, il se déclara être Moulay M’hammed ben el Hassan, frère aîné du jeune sultan [My Abdelaziz] et se posa lui-même en prétendant au trône. […] (Ce) n’est qu’en 1908 que Moulay Hafid, successeur de Moulay Abd el Aziz, réussira à le capturer, le fera promener à travers les rues de Fès dans une cage de fer […]. Ce qui est sûr, c’est qu’il le fit exécuter.” – “L’épopée d’Abd El khaleq Torres”, Op.cit., p.90. C’est le protagoniste de la pièce “Le prophète voilé (1979) d’Abdelkebir Khatibi (1938-2009), figurant dans cet extrait :
       +“[Le Khalife (le Sultan légitime) reçoit les nouvelles de la progression de la rébellion du faux Prophète  (Bou Hamara) et donne ses instructions militaires au Vizir.]
       + “LE VIZIR (voix désabusée)
       Catastrophe, Seigneur! Notre armée de Khorasan [d’Oujda] est complètement défaite. Guerre expéditive, Seigneur! (…).”
        " LE KHALIFE (marchant lentement)
       Eh bien! Armée défaite, armée renouvelée, Vizir. C’est la règle du jeu. Doublez les effectifs, il faut écraser cette révolte. Vite et bien (silence, le Khalife, un peu triste) Tu dis que le charlatan a construit le plus beau château de Khorasan [de Selouane], quel affront! Oser se mesurer à ma splendeur! (se tournant vers le Vizir) Je le veux vivant, des pieds à la tête. Vivant, tu m’écoutes, je veux voir son visage. Mais avant, je lui aurai préparé la plus grande humiliation. (Réfléchissant, le Vizir veut parler, le Khalife arrête son intention par un geste.) Voyons, on le fera circuler en ville [de Fès] dans une cage, une grande cage, n’est-ce pas? (Brusquement.) Comment est-il?” – Paris, Ed. L’Harmattan, 1979, Op.cit., tableau V, pp.49-50.
      Cependant, à ces réformes préalables éthico-politiques pour l’indépendance succédera l’indépendance pour les réformes et la démocratie, dans le théâtre et l’indépendance autour du Manifeste du 11 janvier 1944, tant  ethnoculturelles, qu’éthico-politiques, demeurées lettres mortes inscrites, dans le Traité du Protectorat (1912), et systématiquement dénoncées, par le Manifeste l’indépendance du 11 juin 1944 réclamant l’indépendance du Maroc. D’où :
       3 – Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes préalables ethnoculturelles pour l’indépendance :
         Quant au théâtre et l’indépendance autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes préalables ethnoculturelles pour l’indépendance, le dahir berbère 1930 instauré par le Protectorat franco-espagnol au Maroc constitua le ressort symbolique et matériel du mouvement national unitaire marocain. “En 1930, la démocratie française [du Protectorat], écrit feu S.M. Hassan II, prétendit inventer au Maroc un nouvel Etat : la Berbérie. On s’appuya sur des connaissances ethniques et linguistiques douteuses, mais surtout sur des féodaux et des chefs traditionnels sans scrupules, des ulémas aux idées rétrogrades et des cheikhs de confréries religieuses dont le prétendu mysticisme masquait une roublardise trop connue (…). Dans les écoles, les enfants apprirent non seulement que leurs ancêtres «étaient les Gaulois», mais que leurs parents et eux-mêmes s’étaient trompé de religion [l’Islam].” – “Le défi”, Op.cit., pp.20-21. Ce dont  traite cette pièce du théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944, intitulée : “Al Qalbu al kabîru” (Le grand cœur- 1973) de Mohamed Dahrouch (1943-2013), et à travers l’extrait suivant :
        + “[Le jeune homme 8 Abdelkrim délibère politiquement avec les jeunes gens 1 et 7 sur l’identité et la différence ethnoculturelles entre colonisateur et colonisé et la cause de  l’occupation étrangère du pays.]
     “Le jeune homme 7: Les nationalistes sont en prison.
       Le jeune homme 1: La politique, non [prohibée par l’occupant]!
       Le jeune homme 7: La torture et la persécution des hommes d’honneur.
       Le jeune homme 1: Je t’ai dit: la politique, non!
       Le jeune homme 7: (En colère) Est-ce que le patriotisme, c’est de la politique?
        Le jeune homme 8: A votre avis, le patriotisme, c’est de la politique. Et la défense de la patrie, c’est de la politique!
        Le jeune homme 7: Moi, j’aime mon pays, comme eux [les colons] aiment le leur. Ils ont leur pays et j’ai le mien. Ils ont leurs traditions et j’ai les miennes. Pourquoi sont-ils venus nous coloniser? Pourquoi?” – Op.cit., Acte 1, sc. 6, pp.36-37. 
       F. Fanon écrit au sujet de la contradiction  de l’intellectuel colonisé face à la culture du colon, et son aliénation : “Cette foi proclamée en l’existence d’une culture nationale est en fait un retour ardent, désespéré vers n’importe quoi. Pour assurer son salut, pour échapper à la suprématie de la culture blanche [coloniale], le colonisé sent la nécessité de revenir vers des racines ignorées, de se perdre, advienne que pourra, dans ce peuple barbare. Parce qu’il se sent devenir aliéné…” – Op.cit., p.150. A cet égard S.M. Hassan II  note dans “Le défi”: “Les enfants ont un sens inné de la justice et lorsque je récitais à M. Deville Le loup et l’agneau de La Fontaine, cette fable pour nous [les Marocains] n’en n’était pas une. […] C’est seulement en 1957 que j’ai lu ces réflexions du maréchal Lyautey à Wladimir d’Ormesson.  Elles sont datées de Rabat, janvier 1919: «La plèbe et la muflerie française [inculte] s’en donne à cœur joie.»” – Op.cit., p.27. Ce fut le drame du métissage hétéro-linguistique franco-arabe, au Maroc, ou la parodie bilingue de la fable “Le laboureur et ses enfants de Jean de La Fontaine (1621-1695) que raille, en langue française, Tayeb Saddiki (1937-2016), dans sa pièce : “Les sept grains de beauté” (1991), comme dans l’extrait que voici :
         LE CONTEUR: J’ai fait mes études, moi, dans une école mixte. Il n’y avait que des garçons, mais les cours étaient mixtes. La preuve: «Le laboureur et ses Wladou», c’est comme ça qu’on nous a appris (…).
        (Il récite la fable de La Fontaine: Le laboureur et ses enfants)
        «Un riche fellah [laboureur] sentant sa moute [mort] prochaine
         Fit venir ses Wladou [ses enfants] et leur parla bla-chhoud [sans témoins]
         Gardez-vous, gal lihoum [leur dit-il], de vendre Alwirata [l’héritage]
          Un kenz [un trésor] est caché Ldakhel [dedans] (…) » – Mohammedia, Ed. Eddif, 1991, pp.55-56.
      C’est la velléité colonialiste pseudo-réformiste, dénoncée dans le théâtre et l’indépendance autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes préalables socio-éducatives, éthico-politiques et ethnoculturelles a consécutivement déterminé l’action militante et revendicative du théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944, de l’indépendance pour les réformes et la démocratie dans ce théâtre  (du corpus: 1933-1992).
       III – Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 l’indépendance pour les réformes et la démocratie :
        Référant au dépassement des réformes préalables pour l’indépendance vers l’indépendance pour les réformes et la démocratie du Manifeste de 1944, S.M. Hassan II écrit: “Mon père [feu S.M. le Roi Mohamed V] avait eu raison de ne pas croire que l’indépendance pût être obtenue par des réformes [in Traité du Protectorat franco-espagnol de 1912]. Il savait que seule l’indépendance permettrait de réformer [et de démocratiser] vraiment ce qui devait l’être [au Maroc].” – “Le défi”, Op.cit., p.66. Ainsi sera-t-il de ce même dépassement dans le théâtre et l’indépendance autour du Manifeste du 11 janvier 1944, à travers la revendication de l’indépendance pour les réformes. 
       A - Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944, du Manifeste de 1944 l’indépendance pour les réformes : 
        Concernant le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944, comme instrument de prise de conscience nationale de l’indépendance pour les réformes, on pourrait dégager l’impact de la participation  personnelle, selon Abdelkader Smihi, du leader Allal El Fassi, dans la réalisation de la pièce “Haroun Al Rachid” (1928), par la troupe “Al Jûq al fâssî li at-Tamthîl al arabî” (L’orchestre fassi pour la dramaturgie arabe), issue  d’une scission de la “Troupe des Anciens Elèves du Lycée Moulay Idriss”, ayant suscité l’intervention corsée du commandant (des Affaires Indigènes) P. Ordinot, contre lui et contre le Pr. Mohamed Ghazi, directeur de “Madrasa an-Nâsiriah” (l’Ecole Nassirya) de Fès. “Puis, il arriva, indique-t-il, que quelques-uns [membres] se scindèrent du groupe des Anciens Elèves de l’Ecole Moulay Idriss et fondèrent une association séparée, comprenant MM: Abdlaziz Bennani, Kassem Tahiri, Abdessalam Chaoui et Abdelawahed Chaoui, qui firent la représentation de la pièce «Haroun ar-Rachid». A cette période, M. Abdessalam Serghini vint chez Allal El Fassi le solliciter d’aider cette troupe.
        Il leur fit alors la correction vocalique et grammaticale, en plus du rôle de souffleur dans la représentation. Il s’en suivit que le Pr. Mohamed Ghazi fut éloigné de la direction de “l’Ecole Nassirya” dont disposa  le commandant Rodinot, en y appelant M. Mohamed Bencheikh en tant que nouveau directeur. Dès sa nomination, celui-ci écarta le groupe du leader Allal El Fassi de cette école et prit sous son autorité le reste de la troupe en question…” – “Nach’atu al Masrahi”…, Op.cit., p.276. De la sorte, le théâtre et l’indépendance autour du Manifeste du 11 janvier 1944 ne sera plus un secret pour personne. D’où émanera l’indépendance pour les réformes : de l’action partisane, du Maghreb arabe, du contact avec la nation arabo-musulmane, du contact avec le monde libre.
       1- Le théâtre et l’indépendance Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes de l’action partisane dans :
         Au centre du théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944, de l’indépendance pour les réformes, se trouve l’action partisane (des partis nationalistes marocains) agissant de concert avec feu S.M. le roi Mohamed V, dans le théâtre et l’indépendance autour du Manifeste du 11 janvier 1944. Le Manifeste du 11 janvier 1944 s’adresse, non plus Protectorat franco-espagnol et international, mais à S.M. Mohamed V, symbole de la souveraineté nationale, pour leur réalisation au Maroc post-indépendant. D’où l’affrontement sanglant et oppressif entre l’action des partis nationaux, le PI (Parti de l’Istiqlal) en tête, alliés du Trône  contre le régime colonial.“Le Manifeste du Parti [PN/ PI], signale M. El Alami, était donc très simple: il demandait l’indépendance et l’entrée du Maroc dans le concert international (…). L’arrestation des leaders provoqua des manifestations réprimées par la légion étrangère.” – Op.cit., pp.85-86. Toutefois, cela reflète aussi les remous, ayant suivi l’exil du Roi feu S.M. Mohamed V et de sa famille, en 1953, jusqu’à l’indépendance du Maroc, en 1956. “Al Qalbu al kabîru” (Le grand coeur) de Mohamed Dahrouch en est l’image dans l’extrait suivant :
           +“L’enfant: [Criant] Journal «Al Hayât» [La Vie]… journal «Al Hayât» [quotidien du leader A. Torrès, en 1934, à Tétouan]… Nouvelles d’ «Al kutlah» [le Bloc Nationaliste - 1931-1934] (…).
           Le jeune homme 4: Viens l’enfant. Que vends-tu?
          L’enfant: Je vends ?!… Moi, je ne vends rien. Surtout, je répands la lumière, je répands la connaissance, je répands le patriotisme, je répands la vie.
          Le jeune homme 4: Un enfant intelligent. Qui t’a appris cette éloquence avec cette volubilité et cette profondeur?
          L’enfant: Le professeur (…).
          Le jeune homme 4: Et moi?
           Le jeune homme 4: Toi, tu ne sortiras pas la jeunesse de cette obscurité. Tu ne sortiras pas tes compagnons du cercle qui vous cerne. Je sais que le vieillard visionnaire m’a dit: Ses enfants connaîtront la joie, la liberté et l’indépendance [Manifeste de 1944]. Mais toi, tu ne me  dis qu’obscurantisme et extrémisme. Tu es hermétique.” – Op.cit., Acte 1, tableau 1, sc. 4, pp.29-30.
        “Mais, observe F. Fanon, à la suite de la répression colonialiste et de la réaction spontanée du peuple les partis se trouvent débordés par leurs militants (…). Les dirigeants en liberté restent alors sur la touche. Devenus soudains inutiles avec leur bureaucratie et leur programme raisonnable, on les voit loin des événements tenter  la suprême imposture «de parler ou non de la nation muselée» En règle générale, le colonialisme se jette avec avidité sur cette aubaine, transforme ces inutiles en interlocuteurs et, en quatre secondes, leur donne l’indépendance, à charge pour eux de ramener l’ordre [v. l’indépendance du Maroc et d’autres pays africains, en 1956].” – Op.cit., Dans : “Ophélie n’est pas morte” (1971) de Nayl Lahlou (né en 1945-),  s’inspirant :du personnage du “Hamlet” (1600-1601) du dramaturge britannique William Shakespeare (1564-1616), il parodie la sclérose et l’oppression coloniale – “Proc-C”, Nº 3-4, 1974, Rabat, p.93. pp.34-35. En ce sens, citons-en de cette pièce en l’occurrence :  
      “Macbeth: (seul) Quelque chose bouge. (bruit de foule et coup de feu [Manifestations et forces de répression coloniales]) C’est la fin de notre règne [le Protectorat franco-espagnol et international]. (les coups de feu se font nombreux) Adieu mes plantations [fermes de colons] . Adieu mes embarcations [sardiniers coloniaux, etc.]. Fini, notre règne est fini. Nous n’aurions pas dû leur apprendre à écrire [les élites nationales]. (Musique et danse se font entendre) Tu m’entends sale nègre, sale arabe, sale indien. Apaches. Tous des apaches, des sauvages [racisme colonialiste exacerbé]. (…). Ils fêtent leur indépendance [en 1956] (…).” – “Pro-C”, Op.cit., p.122.
        “Hamelet: (chantant)… La lune est encore témoin [reflet du roi exilé Mohamed V et ses enfants sur la face lunaire, acclamé par le peuple dans tout pays]/ Sur la Grande Place le cheval avance/ Sur son cheval le fantoche [M. Ben Arafa] avance/ Sur la Grande Place un homme avance/  Droit sur le fantoche/ L’homme fonce fonce fonce/ Sur la Grande Place le sang coule [du martyr de Allal Ben Abdallah]/ Le cheval est mort/ Le fantoche est blessé/ Sur la Grande Place/ La lune est encore témoin.” – Op.cit., pp.145-146.
       2- Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes de l’unité du Maghreb arabe :
         “La comédie et la farce, argue  F. Fanon, disparaissent ou perdent leur attrait. Quant à la dramatisation, elle ne se situe plus au niveau de la conscience en crise de l’intellectuel [colonisé]. En perdant ses caractères de désespoir et de révolte, elle est devenue le lot commun du peuple [l’UMA et l’indépendance], elle est devenue partie d’une action  en préparation ou déjà en cours.” – Op.cit., p.170Pourtant, dans le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes de l’unité du Maghreb arabe (UMA), se profile, dès 1947, les aspirations unitaires des leaders nationalistes marocains et maghrébins, réfugiés au Caire. M. El Alami relate : “Les leaders maghrébins réfugiés au Caire cherchaient encore à cette époque [v. Manifeste du 11 janvier 1944] la voie à suivre pour hâter la libération de leur pays. L’exemple de la guerre de libération marocaine dirigée par Mohamed Abdelkrim El Khattabi imposa cette voie à suivre. Le 9 décembre 1947, fut constitué le «Comité de libération du Maghreb Arabe», présidé par le Abdelkrim, son frère M’hamed, son adjoint, Habib Bourguiba, étant secrétaire général. Le 5 janvier 1948, le président du Comité fit une déclaration à la presse (…) : L’indépendance espérée du Maghreb arabe doit être totale pour ses trois pays (Tunisie, Algérie et Maroc)” – Op.cit., p.97. D’où sa répercussion de cet événement dans “Al Qalbu al kabîru” (Le grand cœur) de Mohamed Dahrouch, comme dans :
          “La foule.- Dieu est grand!… Dieu est grand!… Dieu est grand!
          "Le professeur.- (J’ai le grand honneur de représenter parmi vous mon cher pays [v. le Maghreb arabe] que nous considérons et que vous considérez comme un pays authentiquement arabe et musulman. Il fut et il demeure une forteresse parmi les forteresses de l’arabité et une citadelle parmi les citadelles de l’Islam. Notre pays fut sinistré par le colonialisme qui s’interpose entre nous et nos droits les plus élémentaires). ”
       La foule.- Dieu est grand!… Dieu est grand!… Dieu est grand!” – Op.cit., Acte 1, tableau 3, sc.8, p.42.
       De la même façon, dans  “Ophélie n’est pas morte” de Nayl Lahlou explicite à propos de l’aspiration à l’indépendance pour les réformes du Maghreb arabe colonisé, et ce à travers l’initiative du leader Allal El Fassi, auprès du président de la RAU d’Egypte, Jamal Abdel Nasser, en 1953. “Le 26 août 1953, note M. El Alami, Allal fit connaissance avec Jamal Abdel Nasser et d’autres membres du conseil de la Révolution égyptienne au cours du Congrès de «L’organisation de Libération» qui se réunit au Caire pour étudier l’affaire marocaine et la question libyenne  [v. plus tard, l’UMA]. Allal prononça à cette occasion un discours où il mit l’accent sur «la lutte des peuples colonisés contre la vague colonialiste qui s’abat sur la grande ligne qu’on appelle le barrage de l’Islam qui commence en Afrique occidentale [v. Maghreb, etc.] et se termine en Chine».” – Op.cit., p.99. Citons de cette pièce à titre d’exemple :
        “Hamlet: (lisant un livre) «Afrique [v. Maghreb arabe], premier berceau de l’être humain quand il avait le crâne singe. Au fil des siècles, la couleur des Africains [des Maghrébins] qui était noire commençait à devenir marron, chocolat, jaune rouge, grise et enfin blanche. L’intelligence choisit uniquement les blancs. […] C’est ainsi qu’un certain Colomb [1492] découvrit l’Amérique pour la joie et le bonheur de ses frères les Blancs. Cependant, quelques Blancs, animés par de nobles sentiments, retournèrent  en Afrique [v. Maroc, Maghreb] pour aider [par la colonisation civilisatrice du Protectorat franco-espagnol et internationale] les indigènes (les Maghrébins) à sortir de leur primitivisme. C’est ainsi que les Portugais, les Français, les Anglais, les Américains, les Russes, les Sionistes et l’Apartheid ont  pu faire de l’Afrique [l’UMA, l’OUA, UA, etc.] ce qu’elle est aujourd’hui: un paradis» (il ferme le livre).
          "Macbeth: Un paradis? Un paradis… Je dirais plutôt un zoo, un immense zoo. Tiens, je te vois bien sautant d’une branche à une autre [v.  Manifeste de 1944] .” – Op.cit., pp.124-125. 
         c- Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes au contact de la nation arabo-musulmane :
       En effet, le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944  de l’indépendance pour les réformes au contact de la nation arabo-musulmane se traduit donc par le rejet par le Maroc du préjugé de  “barbarie” que lui impute la mission civilisatrice du  Protectorat franco-espagnol et international de 1912 et la revendication de l’appartenance à la civilisation de la nation arabo-musulmane. “On sait, avise F. Fanon, que la majorité des territoires arabes a été soumise à la domination coloniale. Le colonialisme a déployé dans ces régions les mêmes efforts pour ancrer dans l’esprit des indigènes que leur histoire d’avant la colonisation était une histoire dominée par la barbarie [mission civilisatrice de l’Occident chrétien]. La lutte de libération [v. Manifeste du 11 janvier 1944] s’est accompagnée d’un phénomène culturel sous le nom de réveil de l’Islam.” – “Les damnés de la terre”, Op.cit, pp.146-147. C’est aussi ce qui transparaît dans : “Ophélie n’est pas morte” de Nayl Lahlou :
      Or, le Manifeste du 11 janvier 1944, cite M. El Alami, stipule la reconstruction du Maroc indépendant sur des bases arabo-musulmanes : “Le parti [national ou PI] était «pour la reconstruction du pays» sur les bases de l’attachement à l’Islam, à la langue arabe [la nation arabo-musulmane] et de la fidélité au Trône [le roi légitime feu S.M. Mohamed V].” – Op.cit., p.85. C’est ce qui fait dire ironiquement aux personnages de la pièce de N. Lahlou :
    + “Macbeth: Je serais capitaine de l’équipe nationale [de football]. Mes joueurs [marocains] porteraient des tenues blanc-bleu-rouge.
        Hamlet: Oh, ça fait drapeau français.
        Macbeth: Qu’est-ce que tu as dit?”
        Hamlet: J’ai dit, ça fait drapeau français.
       Macbeth: Drapeau francesse? Drapot francesse? Drapeau français… Mais tu ne vois plus que ce drapeau? Bien sûr que non. Drapeau français … Tu es fasciné  par la Gaule. Est-il possible qu’on soit tombé si bas, depuis la chute de Grenade [les Arabes en Espagne] et la partouze de Poitiers [en France], depuis l’arrivée des colons [franco-espagnols et internationaux]. Là où nos ancêtres en chômeurs, en balayeurs, en nettoyeurs, en voleurs [en soldats arabo-musulmans colonisés]. Et on se fait tabasser.” – Op.cit., pp.102-103.
       Parallèlement, dans “Al Qalbu al kabîru” (Le grand cœur), Mohamed Dahrouch (né en 1943) commémore la visite historique de feu S.M. Mohamed V à Tanger (alors Zone Internationale) en 1947, pour y déclarer l’unité et l’intégrité territoriale du Maroc et son appartenance à la nation arabo-musulmane, en dépit du massacre perpétré, la veille, pour l’en détourner, par l’armée française, contre des civiles marocains, à Casablanca – M. El Alami, Op.cit., p.92. C’est qu’en évoque cet extrait de la pièce :
       “Le jeune homme 1: (Achevant son propos)… Nous arrivons à Tanger. Tous les Marocains y étaient, des centaines… des milliers qui attendent. Une déflagration des gorges déployées comme une éruption de volcans, ou la houle de toutes les mers du monde. Des acclamations déchirant le ciel. C’est le Roi  sur son cheval, hissé par les cœurs (…). J’ai vu le professeur [A. Torrès] arrêter le cortège, saluer le Roi et entamer un discours en direction des masses…(…).
        Le jeune homme 6: Et après, que s’est-il passé, après?
       Le jeune homme 1: Le Roi des cœurs lacéré par cette visite, ce rideau artificiel [qui le séparait du Nord de la patrie], a rencontré son peuple fidèle, a torpillé par son discours le mythe du giron [colonial] et de l’affranchissement [du Protectorat franco-espagnol et international] et a incinéré la carte  des croisades [de l’Occident colonial chrétien].” – Op.cit., Acte 2, tableau, 9, sc. 16, p.73. De même la même manière, la pièce “Les sept grains de beauté” (1991) de Tayeb Saddiki (1937-2016), raille le mépris colonial de l’identité culturelle arabe, revendique l’intégrité territoriale du Maroc et vante le prix Nobel de Nagib Mahfouz (1988), dans  :
       D’ailleurs, l’unité de la nation arabo-musulmane et marocaine est reprise dans la pièce dramatique “Les sept grains de beauté” de T. Saddiki met en cause l’entreprise de déculturation et d’assimilation coloniales dont les malentendus se perpétuent encore de nos jours, par la méconnaissance du public occidental  du prix Nobel de l’écrivain arabo-muslman et de l’Oued Nun  du Sahara marocain, objet d’une visée colonialiste franco-espagnole, dès 1880. Reflétant le Manifeste 1944 de l’indépendance pour des réformes au contact de la nation arabo-musulmane, Abdelaziz Jazouli et Mustapha Naïmi signalent:
      LA FOULE [Au Caire]:- Nous avons le prix Nobel…
       "UN HOMME:- Najib Mahfouz…”
      "YOUNES:- Mes voisins [au café Fichaoui], des touristes apparemment anglais, s’étonnèrent; l’un d’eux s’est même demandé si les Arabes écrivaient [mépris raciste ou ignorance]. 
       J’ai quitté le Caire en pleine effervesence [du triomphe].
       D’autres déserts m’attendaient (…). 
       Il me reste un fleuve à franchir, le terrible fleuve noune [au Sahara marocain]:
       Fleuve ardent et vocace [diabolisé par le colonialisme militaire franco-espagnol et dérivé],
      Combien de vierges [de martyrs marocains nationalistes] as-tu englouties?» - Op.cit., p.41.
      3- Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes au contact du monde libre :
      Cependant, le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes au contact du monde libre rejoint singulièrement les revendications du PI, résumé par M. El Alami comme suit : “Enfin, le Parti (le PI) était «pour la coopération internationale». C’était le fondement même de la revendication de l’indépendance: le Maroc ayant pris part à la guerre [au côté du monde libre], devait bénéficier de l’appui des alliés, qu’il avait aidés. En conséquence, l’Istiqlal demandait l’adhésion du Maroc à la Charte de l’Atlantique et à la future Organisation des Nations-Unies, ainsi que sa participation à la Conférence de la Paix (…). « En vérité, lit-on dans “Le défi, rien d’important ne pouvait être dit durant le dîner. C’est pourquoi il est nécessaire de donner une relation exacte des conversations du 22 janvier 1943. C’est après l’entrevue d’Anfa et à la suite des promesses qui lui furent faites, que mon père engagea résolument le peuple marocain sur le chemin de l’indépendance [le Manifeste du 11 janvier 1944].” – Op.cit., p.32. Le Manifeste du Parti était donc très simple: il demandait l’indépendance et l’entrée du Maroc dans le concert international [du monde libre].” – Op.cit., p.85. Cela est campé dans : “Ophélie n’est pas morte” de Nayl Lahlou, dans ce passage de la pièce :
       “Hamlet: (seul) Le dollarman tuant la jeune prostituée? (il va préparer un jeu de dames) (…) L’histoire? Elle est simple. Dans une ville du tiers-monde… non pas de tiers-monde, je serais taxé de subjectivité. Disons Paris… non pas Paris. Il y a trop de poules à Paris. Voilà: Casablanca. Non, trop de poulets à Casablanca et ailleurs. L’histoire se passe dans mon imagination (s’adressant à une secrétaire supposée). Ecrivez mademoiselle. «Sur l’asphalte luisant, non loin du centre de la ville, gisait le corps de Carol, alias Habiba bent Jilali. L’homme aux dollars achevait son travail en frappant la jeune prostituée de ses lourdes godasses (…). Une vraie scène d’Africa side story. De l’autre côté de la ville, s’étend  le bidonville aux vingt mille bouches affamées. C’est là qu’habite le père de Carol, alias Habiba bent Jilali. Demain, tout le village pleurera la mort de la jeune prostituée et perdra en même temps celle qui lui apportait des chewing-gum, des bazooka, des coca-cola et des habits trouvés dans les poubelles des coopérants militaires» (…) .
      "Macbeth: Désolé de te le répéter, mais le dollar restera toujours le plus fort.
      "Hamlet: Ça vaut mieux que le rouble.
      "Macbeth: Triste constatation.” – Op.cit., p.109.
       Quant à l’intégrité territoriale liée au Sahara marocain, feu SM. Hassan II, révèle : “Durant le seul mois de février dernier [1976], les Forces Armées Royales durent expulser des troupes algériennes, camouflées en forces de Polisario, d’Amghala, Tafariti, Bir Lahlou, Guelta  Zemmour et Mahbes. La présence de ces troupes étrangères en territoire marocain était d’autant plus surprenante que le gouvernement algérien avait toujours déclaré n’être pas concerné par le retour du Sahara occidentale au Maroc.” - “Le défi”, Op.cit., p.186. Ce dont rend compte “Al Qalbu al kabîru” (Le grand coeur) de Mohamed Dahrouch, restituant la révolte et la colère du peuple marocain contre les séquelles coloniales de sur le sol marocain :
     “Les jeunes gens 8-9: Et nous au Sahara [marocain], nous voulons l’union, nous voulons l’unité [du royaume du Maroc].
        Les jeunes gens 5-6-7: Et nous dans le Nord l’antre de la résistance  [du Rif]: nous avons démoli la fable [du Protectorat espagnol], nous avons fait jaillir l’étincelle, nous avons déclaré la lutte [pour l’unité et l’intégrité territoriales marocaines].
         La foule: (excepté le professeur) Nous sommes tous  rançons pour le rachat de la patrie.
        Le professeur.- On n’oubliera pas le Nord : le point de départ de la Marche Verte     [1975]  et le bouclier de la souveraineté. On n’oubliera pas le Sud, porteur de l’étendard, la gloire du pays. On n’oubliera pas le Sahara [marocain], pays des braves et des hommes d’honneur. Vivre dans l’unité ou mourir pour elle. Qu’on jette les masques [du complot dans le monde libre] et qu’on sorte en plein soleil [de la légalité internationale]. Qu’on se combatte en toute clarté [à l’ONU, l’OUA, l’UE, l’UA, etc.].” – Op.cit., tableau 11, sc.18, pp.80-81. La même dénonciation se poursuit dans “Ophélie n’est pas morte” de Nayl Lahlou au sein du théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944  des réformes au contact du monde libre.

       D’ailleurs, feu S.M. Hassan II rappelle, dans le Défi : “Au moment où l’Allemagne avait envahi la Pologne, et où la Grande Bretagne et la France avaient déclaré la guerre au IIIe Reich, mon père  – comme mon grand-père en 1914 – s’était engagé à fond au côté de la France (…). Nos tirailleurs, goumiers et spahis avaient combattu – et devaient combattre encore! –  au côté de la France, mais le peuple marocain supporta de dures privations pour soutenir la cause française [et alliée].” – Op.cit., p.29. Et plus loin, faisant l’éloge des RME, il dit : “Je dirai que ces Marocains représentent leur patrie de façon exemplaire, qu’ils retiennent généralement de leurs séjours à l’étranger ce qui est bon et intéresse le métier qu’ils pratiquent et aussi ce que l’on peut appeler l’art de vivre.” – Ibid., p.141. Et N. Lahlou de faire décrier par Macbeth le racisme  dont ils font l’objet dans le monde libre et postcolonial (l’UE, etc.) :
      “Macbeth.- … Nous les avons exploités chez eux [les RME], ils reviennent d’eux-mêmes se faire exploiter. Mais non, mais non. Ce sont ceux qui vous traitent de racistes qui le sont. (Applaudissements) Et que la fête continue. (Entre Hamlet en personnage sale, petite valise à la main) Qui es-tu? D’où sors-tu? (il lui tend une lettre) Si ça continue, il n’y aura plus que des Arabes et des Nègres dans mon usine. Vous nous aimez beaucoup. On vous quitte et vous revenez nous voir. Les chiens [les colonisés] s’attachent! Beaucoup à leur maître [le colon]. Chien, qu’as-tu appris [qualification professionnelle] dans ton pays? ” – Op.cit., p.123.
    A rapprocher de la visite du leader Allal El Fassi à Paris, en 1947,  pour prendre contact avec les RME,  M. El Alami narre : “A Paris, rapporte, Allal fut reçu par de nombreux Marocains résidant en France, étudiants, commerçants et ouvriers à la tête desquels se trouvaient Abdallah Ibrahim, venu terminer ses études supérieures en France  et Abderrahim Bouabid, étudiant également qui venaient d’être nommé délégué du Parti [de l’Istiqlal] à Paris. Dans les quelques jours que passa Allal dans la capitale française, il rencontra de nombreuses personnalités françaises sympathisant avec le nationalisme marocain. Il rencontra également des journalistes et assista à un meeting organisé par le parti où furent rassemblés plus de quinze mille ouvriers marocains et algériens.” – Op.cit., p.93. Dans “Les sept grains de beauté” de Tayeb Saddiki, il e est question depuis la Bataille de Poitiers en 732, et ce même en présence de l’IMA (l’Institut du Monde Arabe), inauguré à Paris, en 1987 :
         "Cela se traduit ici à travers le récit du CONTEUR  dans cet extrait :
          "Il paraît qu’il y a une vieille loi qui interdit aux Arabes tout attroupement de plus d’une personne [la discrimination raciale anti-RME].
         "Il paraît que cette loi date de 732 et est signée par un certain Charles Martel!
         "Qui est celui-là? (…)
         "La preuve, l’Institut du Monde Arabe, abréviation: L’IMA… en face de Notre-Dame [anachronisme]… la culture arabe en plein Paris, il est vrai que Lima ce n’est pas le Pérou [l’utopie]!"– Op.cit., pp.56-57.
     Globalement, le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes de l’action partisane, de l’unité de l’UMA, au contact de la nation arabo-musulmane et du monde libre porte sur l’aspiration du Maroc à l’indépendance et à l’ouverture sur son environnement régional (l’UMA, la nation arabo-musulmane) et international (le monde libre, l’OTAN, l’ONU, l’OUA, l’UA, etc.). 
    B - Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour la démocratie :
    A propos de l’ancrage populaire de l’art dramatique au Maroc et au Maghreb, S.M. Hassan II notait précisément dans “Le défi”: “L’art dramatique maghrébin a  toujours été populaire et magnifiquement vivant. C’est une autre tradition. Dans chacune de nos provinces existe des troupes de très jeunes acteurs amateurs, qui interprètent les œuvres de jeunes dramaturges. Les uns et les autres ne manquent ni de talent, ni de hardiesse dans la critique des mœurs (…). Il s’agit là d’un théâtre  d’expression directement populaire [issu du nationalisme], que l’on pourrait appeler « théâtre en liberté».” – Op.cit., p.119. Remontant par sa popularité à la période de lutte pour l’indépendance, le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 est aussi le reflet de l’indépendance pour la démocratie. Il préconisait  une monarchie constitutionnelle et démocratique; une société de droits démocratiques et individuels : de la croyance, de l’homme, de la femme, de l’enfant, de droits d’association, des partis, des syndicats, de liberté de la presse et d’une société ouverte sur  un nouvel ordre mondial de paix, de sécurité et de développement réciproque. 
       1- Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour une monarchie constitutionnelle et démocratique dans le TMLAF:
       Certes, dans le Manifeste de 1944, le Parti de l’Istqlal (PI) visait une indépendance par une monarchie constitutionnelle et démocratique reflétée ici dans le TMLAF. “Le Parti, remarque M. El Alami, était «pour une monarchie constitutionnelle et démocratique garantissant efficacement les libertés démocratiques et individuelles», notamment la liberté de croyance. Ce  régime politique devait comporter un pouvoir central responsable et une représentation nationale.” – “Allal El Fassi…”, Op.cit., p.85. C’est ce qu’illustre encore : “Al Qalbu al kabîru” (Le grand coeur) de Mohamed Dahrouch. Le héros (Le professeur) de la pièce d’“Al Qalbu al kabîru” de M. Dahrouch insiste sur le droit d’expression et déclare que son pays est démocratique au vieillard et à l’étudiant, dans le dialogue quasi didactique suivant:
        Le vieillard: Il paraît que l’étudiant craint la critique?
          "L’étudiant: Tu as raison, la critique me fait peur et me tend les nerfs.
          "Le professeur: [le double d’A. Torrès].- La critique dans le nationalisme est le secret de son existence, l’énergie de son moteur et le crédo de la validité de ses dirigeants. J’aime la critique et je l’accueille volontiers tant qu’elle est juste et constructive et je la pratique aussi.
       L’étudiant: Nous n’avons pas attiré beaucoup de gens vers nous.
       Le professeur: Certes, notre pays est un pays démocratique, il ne prend pas les gens pour des bestiaux et des fourmis. Cependant, nous voulons les gagner par la raison, en leur faisant comprendre leur devoir civique, en les éduquant à l’amour de cette patrie, pour qu’on les aime et qu’ils nous aiment, pour qu’on les fasse entrer dans nos cœurs. C’est une mission sacrée, que chacun de nous a autour  du cou. C’est le fond et  l’essence de notre foi.” – Op.cit., Acte 1, tableau 5, sc. 8, p.49.
       Aussi lit-on dans “Le défi” de S.M. Hassan II à ce sujet: “Instaurer au Maroc, comme il [feu S.M. Mohamed V] l’avait souhaité [v. le Manifeste du 11 janvier 1944], «un régime démocratique et une monarchie constitutionnelle», tel était le but. Il fallait cependant raison garder (…). La démocratie n’est pas un mot  qu’on se jette à la tête comme un défi. C’est un état d’esprit, une construction de chaque jour. Un mandat politique, une charge dans la hiérarchie constitutionnelle, ne sauraient conduire au profit personnel et à la sinécure. Les partis ne doivent pas faire le jeu de sectes ou de coalitions d’intérêts qui ne sont pas ceux du peuple.” – Op.cit., pp.79, 84-85. De son côté, “Aqzâm tahta al midhallati” (Des nains sous le parasol - 1992) de Mohamed Bakri Sbaï (1937-2002) exalte la monarchie constitutionnelle et démocratique du Maroc depuis 1962. C’est le centre du débat des personnages de la pièce:
      + “Ahmed [le fils inégriste]: Le chien animal  [le chien de garde] est mort et le chien humain [M’barek, le valet] le remplace.
          M’barek: (se préparant à partir) Que Dieu sème la pitié et la bienveillance dans le coeur (en détachant les lettres entre ses dents) de Haj Laâyachi pour qu’il me traite de la même manière qu’il traitait le chien défunt, sur un pied d’égalité!!
          Laâyachi [le père irascible, membre influent d’une commune urbaine de Casablanca]: (l’interrompant) Et avant que se réalise ta revendication fondamentale pour l’égalité avec tes alter égos les animaux jouissant de la liberté et de la démocratie, va demain à la file d’attente des ouvriers, sur la route de Médiouna [Casablanca] et fais-moi venir un puisatier pour draguer le puits, afin que l’eau réapparaisse et s’étende à l’ensemble du jardin [de la villa].” – Op.cit., Acte 1, sc. 6, p.29.
      Critiquant le dilemme de l’esprit démocratique pris entre la théorie et la pratique chez le politicien, partisan ou non, est également vétupéré dans la pièce “Ophélie n’est pas morte” de Nabyl Lahlou :
        Macbeth: Avant, avant, avant où est notre avant-goût [le Manifeste du 11 janvier 1944] pour la démocratie?
         Hamlet: Pourquoi démocratie?
         Macbeth: Pour la liberté.
         Hamlet: Pourquoi la liberté?
         Macbeth: Pour pouvoir vivre.
         Hamlet: Explique-toi.
         Macbeth: Cesse de me taquiner, je suis fatigué.
          Hamlet: Alors cesse de me torturer avec des discours [de vaine démocratie].” – Op.cit., p.139.

         Dans ce cas, le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour la démocratie s’avère être parfaitement réaliste, mais non sans difficultés, héritées de l’ordre traditionnel colonial, condamné à un changement radical et progressif. “En érodant l’ordre traditionnel et en mettant l’individu avant le groupe, avance Driss Ben Ali, l’idée de liberté, de démocratie et de respect des Droits de l’Homme est devenue une priorité. Ainsi, s’établit une nouvelle réalité où chacun est unique et égal à tous les autres [en droits] (…). Dans ces conditions, le système des notables, promu par Lyautey [1912-1925] et largement maintenu par le Maroc indépendant, devient anachronique [antithétique].” – “Réalités sociales et impératifs politiques”, “Le Nouveau Siècle”, Nº7, Novembre 1993, p69.
       2- Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes d’une société des droits démocratiques et individuelles :
        Par ailleurs, le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 pour les réformes d’une société des droits démocratiques et individuels, permet de repérer les réformes des droits: de croyance, de l’homme, de la femme, de l’enfant, d’association des partis, des syndicats, de la presse, etc. Dans cette perspective, F. Fanon note par un souci d’efficacité démocratique élargie: “La chose publique [démocratique] doit être la chose du public [de tous]. On [la société] débouche donc sur la nécessité de multiplier les cellules [les organismes de droits] à la base. Trop souvent en effet, on se contente d’installer des organismes nationaux au sommet [sièges centraux] et toujours dans la capitale: l’Union de la femme, l’Union des jeunes [des enfants], les syndicats, [les partis], etc. Mais si l’on s’avise de chercher derrière le bureau installé à la capitale, si l’on passe dans l’arrière-salle où devraient se trouver les archives [représentatives de leurs bases], on est effaré par le vide, par le néant, par le bluff. Il faut une base, des cellules [des organismes locaux et régionaux] qui donnent précisément contenu et dynamisme [à la société].” – Op.cit., p.131. Cela est observable par exemple, dans:
      3- Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes d’une société du droit de croyance :
         Certes, le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 pour les réformes d’une société du droit de croyance est aujourd’hui d’une actualité paradoxalement accrue face au terrorisme international fanatique sans frontières. Mustapha Naïmi citant Paul Balta l’attribue à la greffe de la modernité (problèmes socio-économiques et culturels mal maîtrisés) qui semble avoir du mal à prendre dans les sociétés musulmanes, dont l’Algérie, le Maroc, etc. “En dépit des programmes volontaristes et développementistes mis en œuvre,  au Sud, avant et après la seconde guerre mondiale, explique-t-il, une faille demeure entre les deux rives [de la Méditerranée]. La greffe de la modernité semble avoir du mal à prendre. Ce double constat fait l’objet d’une analyse approfondie [chez P. Balta]. La montée des radicalismes – religieux ou nationalistes [attentats d’Alger, de Casablanca, de Madrid, etc.] – sur le pourtour du bassin est, à bien des égards, la conséquence des problèmes économiques et sociaux [v. culturels] mal maîtrisés.” – “La Méditerranée réinventée: Réalités et espoirs de la coopération”, “Maroc Europe”, Op.cit., p.287. On en découvre la représentation dans : “Aqzâmun tahta al midhallah” (Des nains sous le parasol) de Mohamed Bakri Sbaï :
   +Yamena: (Poussant un cri répercutant) Eloigne-toi des barbus rebelles [les intégristes fanatiques] avant que leur sort ne s’aggrave et ne pousse la nation vers l’abîme. 
         Ahmed: (la giflant violemment et la souffletant de sa main droite sans s’en rendre compte) Nul ne profère cela qu’un agent ennemi, la justice divine est l’unique critère pour connaître la vrai vainqueur.
         Yamena: (hurle en pleurant et en se lamentant) Tu me gifle, Ô le plus vil des hommes… Tu me soufflètes d’une main dont l’amputation m’est plus indifférente que le fait de la lever sur moi… Attends… Tu auras ton châtiment, demain ce sera ta fin par la main de mon frère  (Elle  va vers l’armoire et en retire ses habits pour les entasser dans des valises, dans l’intention de quitter la maison, le matin).” – Op.cit., Acte 2, sc.2, pp.53-54.  
      4- Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes des droits de l’Homme :
      Autrement dit, le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 pour les réformes des droits de l’Homme, se réclame  d’un régime démocratique garantissant les droits de chacun, au Maroc indépendant. “S’il [le Manifeste du 11 janvier 1944] n’acceptait aucune réforme avant la reconnaissance par la France de ces principes, dénote M. El Alami, il ne s’inquiétait pas davantage du régime politique qui suivrait la suppression du Protectorat: le Parti de l’Istiqlal sollicitait: «Sa Majesté de prendre sous sa haute direction le mouvement de réforme qui s’imposait» et lui laissait «le soin d’établir un régime démocratique comparable au régime de gouvernement  adopté dans les pays musulmans d’Orient, garantissant les droits  de tous les éléments [les citoyens] et de toutes les classes de la société marocaine  et définissant les droits de chacun [les droits de l’Homme]»  ” – Op.cit., pp.85-86. Cela équivaut aux réformes des droits démocratiques et individuels, au Maroc indépendant (1956-2007). 
     Et tel que le dit P. Balta cité par M. Naïmi: “En cette fin de XXe siècle”, l’autonomie locale [v. projet d’autonomie élargie au Sahara marocain - 2007] est indissociable de l’exercice des droits et des libertés [démocratiques et individuelles] de l’homme; c’est aujourd’hui un attribut et un baromètre de la démocratie.” – Op.cit., p.291. F. Fanon n’y voit qu’un propos théorique sur les droits de l’Homme et du citoyen: “Toute l’activité de ces partis politiques nationalistes dans la période coloniale est une activité de type électoraliste [démocratique], c’est une suite de dissertations philosophico-politiques sur le thème du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes [le Manifeste du 11 janvier 1944], du droit des hommes à la dignité et au pain [les droit de l’Homme], l’affirmation ininterrompue du principe «un homme une voix [droits démocratiques et individuels]».” – Op.cit., p.24. D’où dans la pièce dans la pièce : “Aqzâmun tahta al midhallah” (Des nains sous le parasol) de Mohamed Bakri Sbaï :
         + “Mahmoud: [à la fois sceptique et ironique à son frère jumeau, l’intégriste Ahmed] Tu trouveras M’barek [le valet] à t’attendre pour t’accompagner sur la route, c’est que les voleurs sont les premiers bénéficiaires des droits de l’Homme [initiés au Maroc, depuis 1990].”  
          Ahmed: Ne répète pas les slogans de ceux à qui ne plaît pas le fait d’œuvrer en rapport avec le principe noble qui a rétréci leur pouvoir, c’est pourquoi ils ont abandonné l’ordre à l’anarchie, en vue de faire revenir cette image défraîchie pleine d’abus d’autorité et d’intimidation.  – Op.cit., Acte 1, sc.7, p.38.

     Dans : “Ophélie n’est pas morte”, Nayl Lahlou fait valoir l’idée de l’indépendance pour les réformes des droits de l’Homme au Maroc, à travers une scène de torture d’un détenu politique, par un policier, pour délit d’opinion et d’appartenance partisane. "Au niveau des individus, écrit F. Fanon, on assiste à une véritable négation du bon sens [des droits de l’Homme]. Alors que le colon ou le policier peuvent, à longueur de journée, frapper le colonisé [arrêté arbitrairement], l’insulter, le faire mettre à genoux [le torturer à mort] on verra le colonisé sortir son couteau au moindre regard hostile ou agressif d’un autre colonisé [agressivité mal dirigée].” – Op.cit., p.20. On y relève :

       + “Macbeth: (jouant au dictateur [policier] torturant sa victime) «Alors crétin, tu t’adonnes à des activités politiques, maintenant?» - Moi? Non monsieur, je fais du théâtre. «Et quelle sorte de théâtre ? (il se donne des coups par le jeu le dictateur en question) Quelle sorte de théâtre, crétin?» - Mais le théâtre  le plus simple. (il reçoit une gifle imaginaire) «Je n’aime pas le théâtre simple, crétin.» - Mais monsieur je veux bien savoir sur quelles scènes je peux compter. (il se tord, s’étrangle et est sur le point de mourir). «Crétin, tu monteras sur les planches que je t’indiquerai et joueras les chefs-d’œuvre que je te choisirai. Compris?». Oui monsieur, j’ai compris.
         Voix d’Hamlet: Dis à cet individu que nous voulons faire du théâtre politique avec comme base de recherche la visualité électrohumaine [la torture par électrochocs des détenus].” – Op.cit., p.113.
        5- Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes des droits de la femme et de l’enfant :
        De plus, les droits de la femme et de l’enfant sont exaltés à travers le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes des droits de la femme et de l’enfant. Ce à quoi fait allusion ce Manifeste résumé par M. El Alami, dans : “Ce document conçu et rédigé en commun par une poignée d’hommes: Ahmed Balafrej, Abdallah Ibrahim, Mohamed El Yazidi et Omar Ben Abdeljalil, et signé par cinquante huit nationalistes, parmi lesquels une femme : Madame Malika El Fassi, avait exprimé pour la première fois au Maroc, en termes politiques nets et catégoriques, que le peuple marocain entendait recouvrer son indépendance.” – Op.cit., p.84. Là-dessus, F. Fanon réitère : “Dans un pays sous-développé [indépendant], on s’efforcera le plus rapidement possible de mobiliser les hommes et les femmes. Le pays sous-développé doit se garder de perpétuer les traditions féodales qui consacrent la priorité de l’élément masculin, sur l’élément féminin. Les femmes recevront une place identique aux hommes non dans les articles de la constitution, mais dans la vie quotidienne, à l’usine, dans les assemblées [locales et nationales élues].” – Op.cit., p.136. Lui fait écho encore la pièce : “Aqzâmun tahta al midhallah” (Des nains sous le parasol) de Mohamed Bakri Sbaï, dans cet extrait :
       + Laâyachi: Ainsi sont les femmes, quand elles trouvent de la distraction chez l’époux, y tâte de la mollesse et de la tolérance, elles n’hésiteront pas à frapper les coups menant à l’effondrement des foyers et à la destruction de la première cellule de la société.
        Aïcha: Qui se montre intransigeant dans le choix d’une femme se casse le nez dans une chute dont il ne se relève jamais.
        Laâyachi: L’homme raisonnable est celui qui prend contre elle une associée pour la corriger et raccommoder les états d’un époux désirant  rénover son lit décrépit." – Op.cit., Acte 1, sc. 6, p.29.
         M’fadel Lahlou souligne  “Au cours des 20 dernières années, les efforts entrepris pour promouvoir les droits de la femme et de l’enfant se sont considérablement intensifiés. L’Assemblée générale de l’ONU a déclaré 1975 Année Internationale de la femme et la période 1976-1985 Décennie de la femme. En 1981, la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination [v. la non-agressivité] envers les femmes est entrée en vigueur (…). En 1989, 30 ans après la Déclaration relative aux droits de l’enfant, l’Assemblée générale a adopté la Convention relative aux droits de l’enfant.” – “Les droits de l’Homme et de la fillette”, “Le Nouveau Siècle”, Op.cit., pp.162-163. Dans “Ophélie n’est pas morte” de Nayl Lahlou se profile la situation dramatique de la femme et de l’enfant marocains et africains émigrés (RME), dans l’attente du rétablissement de leurs droits démocratiques et individuels. Aussi y lit-on cet extrait :
      + “Macbeth: La prochaine fois, je serai moins égoïste.
          Hamlet: Dans le parc les enfants me regardent et quand je regarde une jolie femme passer, les gens pensent que je devrais d’abord me regarder (…).
          Macbeth: Puisque je ne peux rien faire pour faire. Parfois, je me dis pourquoi ne pas me lever, aller voir et lui crier en face: j’en ai assez de toi [la femme de ménage]. Puis je me dis, ce serait beaucoup mieux si je me traîner jusqu’au soleil et attendais la tombée de la nuit. Puis, je me dis la nuit n’arrange rien. La mort non plus. Le dollarman tuant la jeune prostituée, la femme qui accoucha dans le wagon de bétail et qui se vit interdire l’entrée du territoire blanc [la discrimination à l’égard de la femme], parce que le cordon ambilical avait une couleur noire, l’enfant qui est né là-haut dans les montagnes et qui finira sa vie en berger sans voir la lumière, tout ceci dure [les droits de l’enfant bafoués].” – Op.cit., pp.125-127.
      6- Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes des droits d’association des partis, des syndicats et de la presse :
     En fait, le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes des droits d’association, des partis et des syndicats se fait par le long processus des réformes de  démocratisation et de modernisation de la société au Maroc indépendant (1956-2017). F. Fanon note : “Le dialogue [v. de sourds d’avant le 11 janvier 1944] n’est jamais rompu entre ces partis [nationalistes] et le colonialisme [ici franco-espagnol et international]. On discute d’aménagements, de représentation électorale, de liberté de la presse, de liberté d’association [partis, syndicats, etc.]. On discute réforme.” – Op.cit., p.24. Cela est visible aussi dans la pièce : “Aqzâmun tahta al midhallah” (Des nains sous le parasol) de Mohamed Bakri Sbaï où le pluralisme des partis, des syndicats et des associations civiles et culturelles est revisité à travers la démocratisation et la modernisation du Maroc indépendant, du développement humain (l’INDH), les violences intégristes et les réactions pseudo-démocratiques des personnages de la pièce, comme suit   :
        + “Mahmoud: Avec la pluralité des partis, la ruée des aspirants au leadership virtuel, je crains d’être inséré dans une position indigne de moi en tant qu’homme, tâchant de servir son pays et agissant pour réaliser ses aspirations bourgeoises et ses ambitions personnelles.
            Ahmed: [en obscurantiste nihiliste] Je ne t’encouragerais pas à embrasser ce dualisme fondé sur la cupidité et la déraison. Je t’ai tant conseillé et assez mis en garde contre cela. Et il n’y a pas de mal que je te rappelle – une autre fois – le dire du poète: «Tous ces partis ne sont qu’une sédition/ Qui par la discorde nous font  traîner des queues de malheurs.»”Op.cit., Acte 1, sc. 7, p.37.
       Abdelali Benmansour propose une issue : “C’est pour cette raison que j’ai invoqué précédemment les réformes préalables à tout développement, réformes qui ne peuvent réellement réussir que dans un esprit consensuel (…). De ce fait, si on veut créer les conditions d’une véritable alternance, il faut que toutes les forces politiques [partis, syndicats, associations civiles et culturelles, etc.] du pays contribuent à l’émergence d’une droite crédible (…). Après quoi, elle pourrait devenir transitoire, ce choix pourrait alors déboucher sur un véritable processus d’alternance démocratique.” – “La révolution tranquille”, “Le Nouveau Siècle”, Op.cit., pp.135-136. A cela  répond la pièce : “Ophélie n’est pas morte” de Nayl Lahlou, dans ces répliques :
     + “Hamlet: [le policier]… Maintenant, tu vas me dire tout ce que tu sais sur l’organisation.
       Macbeth: [résistant nationaliste ou détenu politique] Il n’y a pas d’organisation.  
       Hamlet:  D’où venait le projet?
       Macbeth: De moi-même.
       Hamlet: Le cerveau?
       Macbeth: Il n’y a pas de cerveau.
       Hamlet: Qui finance?
       Macbeth: Travail bénévole.
       Hamlet: Et le parti?
       Macbeth: Il n’y a pas de parti (…).
      Hamlet: C’est moi qui pose les questions. (il le torture) Vous étiez combien?"– Op.cit., pp.116-117.
       7- Le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour une société ouverte sur un nouvel ordre mondial :
       En outre, dans cette optique, feu S.M. Hassan II, rappelle la remarque du président des USA, F. D. Roosevelt, à Winston Churchill, premier ministre du Royaume-Uni, à Anfa, en 1943, au sujet du monde d’après-guerre : “F. D. Roosevelt remarqua aussitôt que nous n’étions ni en 1830, ni en 1912. Il évoqua le jour qu’il souhaitait très proche, où les hostilités ayant pris fin, le Maroc accéderait librement à l’indépendance, selon les principes de la Charte de l’Atlantique. Après la guerre, insista-t-il, la réorganisation politico-économique des sociétés humaines [ouvertes sur un nouvel ordre mondial] deviendrait une nécessité.” – “Le défi”, Op.cit., p.34. A cet égard, A. Benamour préconise : “Faire du Maroc un pays qui compte sur l’échiquier politique international et régional (v. à priori africain) avec le parachèvement de son intégrité territoriale et une position d’indépendance et d’interdépendance [de réciprocité] dynamique dans le cadre de l’espace occidentalo-arabo-maghrébo-africain.” – Op.cit., p.121. Or, le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 de l’indépendance pour les réformes d’une société ouverte sur un nouvel ordre mondial de paix, de sécurité et développement réciproque (v. sud-sud en Afrique, initié récemment par S.M. Mohamed VI) vient achever le panorama de la vision moderniste de ce Manifeste du 11 janvier 1944. C’est ce que cette séquence de la pièce  Aqzâmun tahta al midhallah” (Des nains sous le parasol - 1992) de Mohamed Bakri Sbaï :
        + “[La sonnerie du téléphone résonne, la main du journaliste  Al Qartawi se tend vers l’écouteur et il se met à parler].
      "Al Qartawi: [en présence de Mahmoud] Allô!… Oui, c’est Al Qartawi, journal… Vous êtes les bienvenus (il prononce son nom)… […] Qui vous a transmis ces fausses informations sur nous? Ne comptez pas  sur les avis des moqaddams et des chioukhs [sous-chefs et chefs de districts]… […] C’est un devoir, mais pardonnez-nous encore une autre fois, si nous  vous querellons dans nos publications de temps à autre, car cela rentre dans le cadre de l’ouverture sur notre espace politique et culturel [réformes d’une société ouverte sur un nouvel ordre mondial], loin des suspicions qui pourraient toucher le renom des gens de bonne réputation [hypocrisie d’une certaine presse]… A bientôt…” – Op.cit., Acte 2, sc. 3, p.60. Driss Ben Ali écrit : “D’une part, l’ouverture au marché mondial et la libération économique donne lieu à des pratiques nouvelles où la compétence passe avant l’allégeance [encore à venir].” – “Réalités sociales et impératifs politiques”, “Le Nouveau Siècles”, Op.cit., p.70. Et la pièce  Ophélie n’est pas morte” de Nayl Lahlou met à nu, l’inégalité des chances entre les nations du monde pour un développement réciproque, du nouvel ordre mondial, dont l’ex-U.R.S.S. (la Russie actuelle), l’UE, les U.S.A., etc., révélée ici à travers cette pièce du théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 pour les réformes d’une société ouverte sur un nouvel ordre mondial, dans :
     + “Macbeth: Je sais que tu parles de cosmonautes? Mais cosmonautes russes? Américains [les pays développés]? Cosmonautes d’Ouwagadoudou? [Allusion ironique à l’Afrique et au Maroc, etc.]”
          Hamlet: Ouwagadoudou? Je te parle des cosmonautes tout court.
         Macbeth: Alors saches que  c’est l’Amérique qui a acheté la lune, la première.
         Hamlet: Les Russes doivent s’en mordre les doigts.
         Macbeth: Ce sont plutôt les Chinois qui doivent se mordre les doigts
         Hamlet: Avec des baguettes (…)" – Op.cit., p.108.
      En vérité, le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944  pour les réformes de droits démocratiques et individuelles et d’une société ouverte sur un nouvel ordre mondial de paix, de sécurité et de développement réciproque reste à bâtir contre tous les défis et les praxis qui s’y opposent, aujourd’hui encore, en 2017.
         Pour conclure, il faut reconnaître que “le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944 des réformes préalables pour l’indépendance à l’indépendance pour les réformes et la démocratie” s’est bel et bien vu en projet dans ce théâtre nationaliste marocain militant en langues arabe et française, du corpus (1922 à 1992), à travers cette parole prophétique, de 1925, du feu leader Allal El Fassi : “La guerre de libération [dans le Rif, l’Atlas et le Sahara] au Maroc était à son paroxysme et son écho se  répercutait en Tunisie et dans l’ensemble du monde arabe, incitant à l’optimisme et encourageant la lutte (…). Ainsi le parti [destourien] a-t-il organisé en Tunisie la représentation de plusieurs pièces théâtrales et des festivités. Mais l’autorité coloniale fut aux aguets et interdit la représentation de la pièce «Fath al andalus» (La conquête de l’Andalousie) de Mustapha Kâmil. Les Tunisiens avaient collecté de l’argent caritatif en faveur des blessés du Rif qui fut confisqué par l’administration française, comme ce fut le cas au Maroc, lorsque nous entreprîmes la même action en faveur de la Palestine. On arrêta M. Omar Ben Guefras, on le condamna à cinq ans de travaux forcés, et on exila en Algérie M. Tawfiq Al Madani, d’origine algérienne, pour ses écrits sur l’héroïsme du Rif et la bravoure du leader Abd El Krim El Khattabi.” – “Les mouvements d’indépendance dans le Maghreb arabe”, Op.cit., p.58. D’où, dans le théâtre et l’indépendance du Maroc autour du Manifeste du 11 janvier 1944, la véracité universelle de la formule : “Le théâtre est le reflet de la vie.” – Op.cit., p.6.
                                                              Dr. SOSSE ALAOUI MOHAMMED