LE ROMANCIER TANZANIEN SANS COMPROMIS ABDULRAZAK
GURNAH
PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE
2021
Dr. SOSSE ALAOUI Med
Prix Nobel de littérature 2021, l'écrivain et
romancier tanzanien Abdulrazak Gurnah s'est dit "surpris et humble"
de recevoir, en tant qu’Africain noir, cette prestigieuse distinction mondiale.
Mais à y regarder de près, cela se justifie par l’œuvre et le charisme de
l’homme militant réfugié en
faveur des réfugiés victimes des séquelles du colonialisme européen, en Afrique
de l’Est, son terroir, et dans l’ensemble du continent africain éprouvé. En est
juges et témoins à cet égard, notamment :
1. Un parcourt vital tumultueux de réfugié
et immigré honorable :
A considérer le cours de vie de l’actuel
lauréat africain du prix Nobel de littérature (2021), il y a lieu de dire qu’il
s’agit d’un parcourt vital tumultueux d'un réfugié et immigré postcolonial
honorable. Né en 1948, à Zanzibar, archipel au large de la Tanzanie, prix Nobel de
littérature (2021), Abdulrazak Gurnah est un écrivain, romancier et professeur
universitaire anglophone tanzanien. A dix-huit ans, il doit fuir son pays, car
il est d’une communauté persécutée de Zanzibariens d'origine arabe. Il part
pour la Grande-Bretagne, et y devient étudiant (1968). Il y poursuit ses études
de lettres et y soutient sa thèse (1982). Il a enseigné à l’université de Kano,
au Nigeria (1980-1982), puis devient professeur émérite de l’université du Kent,
à Canterbury, de littératures anglaises et postcoloniales, et ce jusqu'à sa retraite
(2004). Il est l’auteur de : Memory of Departure (1987), Dottie (1990), Paradise
(1994), By the Sea (2002), Desertion (2005), The last gift (2011), A Grain of
Wheat (2012), Admiring Silence (2016), Gravel heart (2017), Afterlives (2020),
etc. – «Prix Nobel de littérature 2021 : qui est l'écrivain Abdulrazak Gurnah »,
www.bbc.com, p.1.
2. Une
œuvre d’entre autres qui plaide pour sa nobélisation littéraire universelle
depuis 1994 :
Certes, l’élection du romancier africain, le Tanzanien
Abdulrazak Gurnah, par l’Académie suédoise, le jeudi 7 octobre 2021, n’est
pas sortie du néant. Avec une
plume "empathique et sans compromis», issue de la chair de son terroir et du fond de
son exil anglais, il a incessamment traité des états de lieu des revers de l’ère
postcoloniale de son pays et de tout l’Est du continent africain, de fond en
comble. En effet, en révèle placidement la teneur et la porte humaine et universelle
ses œuvres, où se profilent le désarroi des thèmes de l'appartenance, du
colonialisme allemand, du déracinement, des migrations et de la mémoire. Le roman couronné, Paradise,
Ed. Penguin, Londres, 1995, est écrit en anglais et publié au Royaume Uni (1994).
En souligne l’intérêt de ce choix, l’annonce le jury de l’Académie suédoise, en
ces termes : «Le prix Nobel de littérature 2021 a été attribué au
romancier tanzanien Abdulrazak Gurnah, a annoncé l’Académie suédoise, jeudi
7 octobre. L’auteur, connu notamment pour son roman Paradise
(1994), a été récompensé pour sa narration « empathique et sans
compromis des effets du colonialisme et du destin des réfugiés pris entre les
cultures et les continents », selon le jury. Son œuvre
s’éloigne des « descriptions stéréotypiques et ouvre notre regard à une
Afrique de l’Est diverse culturellement qui est mal connue dans de nombreuses
parties du monde », a expliqué le jury. » - www.lemonde.fr
p.1. Une œuvre pleine d’humanité encore en cause qui a plaidé pour la
nobélisation méritée littéraire de son auteur. D’ailleurs, l'Académie suédoise
a loué Gurnah pour sa "pénétration sans compromis et pleine de compassion
des effets du colonialisme.» - «Prix Nobel de littérature 2021: qui est
l'écrivain Abdulrazak Gurnah», www.webcache.googleusercontent.com,
p.1.
3. Ecrivain
absent de la liste des pronostics ce prix fait l’heureuse surprise de
tous et de son lauréat :
A
relever les réactions et les aveux des milieux littéraires, critiques et
éditeurs, voire le lauréat et son éditeur, grande a été la surprise de ce prix
Nobel, attribué à un écrivain absent de la liste des pronostics ce prix fait l’heureuse
surprise de tous et de son lauréat. Ainsi est-il de son propre éditeur en
Suède, Henrik Celander, a expliqué à la presse suédoise qu’il n’aurait jamais
imaginé qu’il décroche le Graal littéraire. Quand l’Académie suédoise a appelé,
« j’ai cru à une blague », a même confié Abdulrazak Gurnah.
Ce prix est une surprise et de nombreux critiques et éditeurs ont confessé
qu’ils ne connaissaient pas l’écrivain, absent de la liste des pronostics, même
comme simple outsider.- Ibid. La Tanzanie a aussitôt salué cette distinction. « Vous
avez sans aucun doute rendu justice à votre profession, votre victoire est
celle de la Tanzanie et de l’Afrique », a déclaré sur Twitter le
porte-parole du gouvernement, à l’adresse du natif de Zanzibar, cet archipel
situé au large des côtes tanzaniennes.
Le chercheur Guillaume
Cingal, de l’université de Tours, salue et présente pour En attendant
Nadeau un « classique post-colonial » dont il manque la
traduction et la diffusion en français.- «Abdulrazak Gurnah, prix Nobel »
- www.en-attendant-nadeau.fr,
p.1.
4. Le
témoin d’un pays d’un continent face à ses misères postcoloniaux
récompensé :
Le roman,
le seul traduit en français, d’Abdulrazak Gurnah est nobélisé, étant déjà
primé par la short-list du Booker Prize (1994), pour son roman :
Paradise, Ed. Penguin, Londres (1995), écrit en anglais et publié au
Royaume Uni (1994). Il est traduit en français Paradis, par Anne-Cécile Padoux, Ed.
Le Serpent à plumes (1999) qui, de l’avis sous réserve, de Guillaume
Cingal, n’est pas le roman le plus représentatif de l’œuvre de Gurnah, soulignant :
«Or, Paradise n’est pas le roman le plus représentatif de l’œuvre [d’Abdulrazak Gurnah], en ce sens qu’il se passe au tournant du XXe siècle, dans
le milieu des caravaniers de Zanzibar […]. Il est normal qu’un écrivain qui
s’attache aux conséquences des déchirements et des diffractions nées des
colonisations européennes, voir ici allemande, etc., à la période contemporaine
ait consacré deux de ses romans à l’époque coloniale, et, de façon notable, à
la période cruciale des années 1880-1914». – « Abdulrazak GURNAH, Prix Nobel de Littérature »,
https://blogs.mediapart.fr,
p.1.
«Comme
le dit le narrateur, glose-t-il, de la première partie d’Afterlives [son roman, paru en 2020] : « les
Allemands et les Britanniques et les Français et les Portugais et les Belges et
les Italiens et va savoir qui encore s’étaient déjà réunis en congrès entre eux,
avaient dessiné leurs petites cartes, signé leurs traités, alors une telle
révolte n’était ni fait ni à faire». – Op.cit.Ibid. Quant au
roman couronné, selon Amadou
Bal BA, il incarne le héros-narrateur, Yusuf,
jeune garçon face aux disputes de ses parents. Pour régler une grosse dette de son
père, il est vendu esclave. Il retrouve à vivre chez le dit oncle Aziz, son
créancier et à travailler pour lui. Il voyage sur la route des caravanes, au
début du siècle entre Zanzibar et le lac Victoria. Les personnages y sont de
nationalités diverses, surtout en milieu urbain, résultats de la migration, au
cœur de la même ville pour y cohabiter. Se côtoient alors des Africains natifs
– dits civilisés ou sauvages –, des Grecs, des Indiens et des Arabes. Sous le
joug du colonisateur allemand, il risque d'y perdre la vie, dans les violences
entre Indiens, Arabes, Allemands et noirs tanzaniens. De retour, il sera le
jouet d’une maîtresse, cloîtrée, dans un jardin qui ressemblait à l'Eden ».
– Op.cit., Ibid.
5. Une
voix sans compromis contre les effets du colonialisme et le sort migratoire des
réfugiés :
Mérite
oblige, dirait-on, le Prix Noble de littérature (2021), décerné à l’auteur de Paradise
(1994), Abdulrazak GURNAH, s’avère être la récompense d’une voix sans compromis,
contre les effets du colonialisme européen, le sort migratoire, l'identité des
réfugiés. A cet égard, celui-ci déclare à l'AFP, rapporte Lola-Jeanne
Cloquell : « "Je suis un observateur (...) J'écris sur ce qui se
passe dans le monde dans lequel je vis et, en ce moment, (la question
migratoire) est le thème, la préoccupation du monde dans lequel je vis"
dit encore M. Gurnah, ajoutant : "c'est l'histoire de notre
temps". – « Le prix Nobel de littérature 2021 est décerné au
romancier tanzanien Abdulrazak Gurnah », https://www.rci.fm, p.1.
Il a appelé a appelé l’Europe à voir l’arrivée des réfugiés venus d’Afrique
comme une richesse. « Beaucoup de ces gens qui viennent, viennent par
nécessité, et aussi franchement parce qu’ils ont quelque chose à donner. Ils ne
viennent pas les mains vides », a affirmé l’écrivain dans une interview à
la Fondation Nobel, appelant à changer de regard sur « des gens talentueux
et pleins d’énergie ». Ibid.
En
conclusion, toutes nos plus vives congratulations au bienheureux élu de l’Académie
de Suède, le grand écrivain et romancier, le Dr. Abdulrazak Gurnah, notre lauréat panafricain du Prix
Noble de Littérature 2021, à son pays la
Tanzanie, l’Afrique de l’Est, et à tout le continent africain, dont le Maroc, vivant,
comme il le dit, en ce moment, la question migratoire, le thème, et la préoccupation
du monde actuel, et par la même occasion, citons in fine, l’opinion
grandiloquente d’un de ses collègues universitaires, Bashir Abu-Manneh, le
directeur de son ancien département universitaire, à son endroit,
notamment : «Aucun auteur aujourd'hui n'a si bien articulé les peines de
l'exil et les récompenses de l'appartenance. Canterbury et le Kent sont à la
fois son exil et sa maison.» - «Le Nobel de littérature sacre le romancier
d'origine tanzanienne Abdulrazak Gurnah», www.france24.com,
p.1.
Dr. SOSSE ALAOUI
MOHAMMED