domingo, 21 de junio de 2020

Les villes du Maroc à travers les romans français : 1885-2017


LES VILLES DU MAROC DANS LES ROMANS FRANÇAIS 
1885-2017
Dr. SOSSE ALAOUI MOHAMMED

      Comme témoignages historiques de points de vue subjectifs sur les villes du Maroc inscrits dans les romans français d’hommes et de femmes, selon notre corpus, tant au temps du pré-Protectorat (1885-1912), qu’au temps du Protectorat (1912-1956), qu’au temps du post-Protectorat (1956-2017), problématique formulée à travers le thème : «Les villes du Maroc dans les romans français : 1885-2017 ». Objets dynamiques et évolutifs, les villes marocaines sont revisitées par Nadia Belkhayat, comme suit : «Il est facile d’imaginer la vitesse à laquelle la physionomie de grandes villes comme Rabat ou Casablanca a pu se transformer au fil des décennies. De villes à moitié bédouines au début du siècle, elles sont devenues modernes, avec toutes les infrastructures. Des photographies nous rappellent [...] les Marocains pendant toute cette période. Elles témoignent  de [...] la fin du Protectorat et la libération du Maroc.»   - «Visions croisées sur la période coloniale au Maroc », www.le conomiste.com , p.1. Cela nous conduira à observer notamment :

  I. Les villes du Maroc dans les romans français du temps du pré-Protectorat : 1885-1912.
 II. Les villes du Maroc dans les romans français du temps du Protectorat : 1912-1956.
 III. Les villes du Maroc dans les romans français du temps du post-Protectorat : 1956-2017.

    I. Les villes du Maroc dans les romans français du temps du pré-Protectorat : 1885-1912 :

     A propos de villes du Maroc dans les romans français au temps du pré-Protectorat : 1885-1912, Abdeslem Kninah  indique : « En  analysant  les  images  françaises [dans les romans français du pré-Protectorat ] du  Maroc,  avant  le  Protectorat  (XVIIe-XXe  siècle),  nous  avons  espéré  réfléchir  sur  la  spécificité  de  ce  genre    littéraire  à partir  des  schèmes  narratifs  et  discursifs  qu’il  met  en  œuvre. [...] Ces  ouvrages [v. romans français, d’avant 1912],  bien  que  véhiculant [...] les contours d’un Maroc  calqué  sur  le  modèle  du  vieux  mythe  de  l’Orient  légendaire.  Ainsi, pourrons-nous remarquer que la mécanique de la description s’appuie, d’une part, sur  la  référence  à  l’antiquité  ou  à  un  Orient  de  fantaisie  lorsqu’il  s’agit  des descriptions  purement  formelles  et  relatives  à  l’apparence  des  Marocains [v. ici es villes du Maroc],  et d’autre  part  sur  le  comportement  décadent,  voire  condamnable  de  ces  mêmes  Marocains lorsqu’il s’agit de décrire leur caractère ou leurs comportements. » - «Image(s) francaise(s) du Maroc avant le Protectorat :(XVIIe-XXe siècles) », www.tel.archives-ouvertes.fr, pp.7-16. Dans notre corpus, 02 romans sur 20 ouvrages témoignent de ce champ s’investigation romanesque français pré-protectoral, à savoir :

·   Mathias Sandorf, Jules Verne, 1885, Hachette, 1992, « Tétouan ou la ville mauresque bazar cosmopolite » :

      Né en 1828, à Nantes et mort en 1905 à Amiens, France, Jules Gabriel Verne, dit Jules Verne, est un écrivain français dont l'œuvre est constituée de romans d'aventures inspirés des progrès scientifiques du XIXe siècle. Il est l’auteur de : De la Terre à la Lune (1865), Les Enfants du capitaine Grant (1868), Vingt mille lieues sous les mers (1870), Le Tour du monde en quatre-vingts jours (1873), Michel Strogoff (1876), L'Étoile du sud (1884), Mathias Sandorf (1885), Robur le Conquérant (1886), etc.

 ¤- Tétouan ou la ville mauresque bazar cosmopolite :

     «Le principal bazar de Tétouan est un ensemble de hangars, d’appentis, de bicoques basses et étroites, sordides en certains points, que desservent des allées humides. Partout, de sombres boutiques où se débitent des étoffes de soie brodée, des babouches, des aumônières, des burnous, des poteries, des bijoux… Il y avait foule. On profitait de la fraîcheur du matin. Mauresques, voilées jusqu’aux yeux, juives à visage découvert, Arabes, Kabyles, Marocains, allant et venant dans ce bazar, y coudoyaient un certain nombre d’étrangers»., www.babelio.com, p.1.

·   Au Maroc, Pierre Loti, Arthaud, 1889, « Tanger la Blanche ou la ville en demi-abandon aux visiteurs étrangers » :

      Né en 1850, à Rochefort, et mort en 1923, à Hendaye, Julien Viaud, ou Pierre Loti, fils de Nadine Texier et Jean-Théodore Viaud, secrétaire de mairie. Son ainé, Gustave meurt en mer (1865). L'année suivante, son père est injustement accusé de malversations et perd son emploi. Dès ses seize ans, il sait qu'il doit assurer la vie matérielle de sa famille. Entré à l'Ecole navale à Paris, il part en mer, comme aspirant de première classe (1870). Il est l’auteur de : Aziyadé (1879), Le Mariage de Loti (1880), Le Roman d'un spahi  (1881), Le Mariage de Loti (1882), Pêcheur d'Islande (1886), Madame Chrysanthème (1887), Au Maroc (1889), etc.

     ¤- Tanger la Blanche ou la ville en demi-abandon aux visiteurs étrangers :

     «Des côtes sud de l’Espagne, d’Algésiras, de Gibraltar, on aperçoit là-bas, sur l’autre rive de la mer, Tanger la Blanche. Elle est tout près de notre Europe, cette première ville marocaine, posée comme en vedette sur la pointe la plus nord de l’Afrique ; en trois ou quatre heures, des paquebots y conduisent, et une grande quantité de touristes y viennent chaque hiver. Elle est très banalisée aujourd’hui, et le sultan du Maroc a pris le parti d’en faire le demi-abandon aux visiteurs étrangers, d’en détourner ses regards comme d’une ville infidèle. Vue du large, elle semble presque riante, avec ses villas alentour bâties à l’européenne dans des jardins ; un peu étrange encore cependant, et restée bien plus musulmane d’aspect que nos villes d’Algérie, avec ses murs d’une neigeuse blancheur, sa haute casbah crénelée, et ses minarets plaqués de vieilles faïences.», www.reves-vagabondages-4.e-monsite.com, p.1.

      Partant de ce double témoignage quasi-statiques et mythico-subjectifs de Jules Verne (1828-1905) et de Pierre Loti (1850-1925), auteurs de romans français  du temps du pré-Protectorat : 1885-1912, il est judicieux de dire à cet égard Abdeljlil Lahjomri notamment : « Les écrivains [de romans] exotiques comme Loti sont prisonniers de cette structure mythique qu’ils n’arrivent point à  briser. Qu’il méprise cette réalité étrangère, ou qu’ils se livrent  à un enthousiasme facile dans leurs œuvres, ils recomposent cette structure indéfiniment. , p.149 [...] Léon Fanoud’h Siefer n’a fait allusion qu’à la généralisation hâtive, qu’à l’imprécision comme facteurs mythifiants. » - «Le Maroc des heures françaises », www.books.google.co.ma, p.149.

       II. Les villes du Maroc dans les romans français du temps du Protectorat : 1912-1956,

   Quant à la perception des villes du Maroc dans les romans français du temps du Protectorat : 1912-1956, le crédo romanesque porte sur une profusion du roman colonial, départ de tout exotisme, comme message  d’ère coloniale, ce qui constitue un âge d’or du genre, selon Saïd Tasra en spécifiant : «C’est, en fait, durant la période du protectorat qu’on situe l’âge d’or du roman marocain ou roman dit colonial. [...] Pour ce qui est du roman colonial [le roman français du temps du Protectorat], le Maroc est considéré comme étant un espace désertique, anarchique qu’il faut animer, investir et civiliser. [...]. A ce titre, la majorité des textes de la période coloniale représente le Maroc et le Marocain sous un angle évolutionniste, mettant ainsi en valeur la mission civilisatrice entreprise par la France dans les colonies. » -  «La littérature de voyage au Maroc : Quel horizon d’attente ? », www.lvm.hypotheses.org/571, p.1. C’est ce que justement reflètent les 12 romans sur 20 dont 01 paru en 1913, 04 durant les années 20, 03 durant les années 30 et 01 en 1950  des ouvrages de notre corpus, avec chacun son optique différente, tels à titre d’exemples :

·  A la recherche du temps perdu, t. 3,  Le Côté de Guermantes, Marcel Proust, Gallimard, 2003, « Agadir ou la ville d’une guerre mondiale qui n’a pas éclaté » :

    Né en  1871, à : Auteuil, et mort en  à 1922, à Paris, prix Goncourt 1919, Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proust, ou Marcel Proust, est un écrivain tt romancier  français. D’un milieu bourgeois, cultivé, marqué par les femmes, il est de santé fragile,  causée par l'asthme. Il fait des études de droit, puis de lettres, il intègre le milieu artistique et mondain de Paris. Il devient journaliste-chroniqueur. En 1900, il voyage à Venise et à Padoue. Il est éprouvé par la mort de sa mère. Il est l’auteur de : À la recherche du temps perdu, en sept tomes (1913-1927), etc.

     ¤- Agadir ou la ville une guerre mondiale qui n’a pas éclaté :

    «Beaucoup de patrons de cafés allemands, admirant seulement leur consommateur ou leur journal, quand ils disaient que la France, l'Angleterre et la Russie "cherchaient" l'Allemagne, ont rendu possible, au moment d'Agadir [v. au Maroc], une guerre qui d'ailleurs n'a pas éclaté [v. en 1911, la France, l'Angleterre et la Russie provoquées par l'envoi d'une canonnière de la marine de guerre allemande dans la baie d'Agadir au Maroc, la SMS Panther]. Les historiens, s'ils n'ont pas eu tort de renoncer à expliquer les actes des peuples par la volonté des rois, doivent la remplacer par la psychologie de l'individu, de l'individu médiocre.», www.babelio.com, p.2

·   Les hommes nouveaux, Claude Farrère, Flammarion, 1922, « Rabat la jolie ville à l’hygiène romano-musulmane » :

      Né en 1876, à  Lyon , et mort en  1957, à Paris, prix Goncourt (1905), Claude Farrère, ou Frédéric-Charles Bargone, est un essayiste, historien, romancier, officier de marine français. Fils d’un colonel d’infanterie coloniale, il entre à l’École navale. (1894). Affecté à l’artillerie lors de la Première Guerre mondiale, il est capitaine et il démissionne, à la paix,  en (1919), pour se consacrer à l’écriture. En 1933, il s’engage au Comité français de protection des intellectuels juifs persécutés. Iles élu à l’Académie française (1935). L’Association des écrivains combattants. Il a délivré le prix Claude-Farrère pour un roman d'imagination aucun grand prix littéraire (1959).Il est l’auteur de : Fumée d’opium (1904), L’Homme qui assassina (1906) , Mlle Dax, jeune fille (1907), La Bataille (1909), Thomas l’Agnelet (1911),  Les Hommes nouveaux (1922), etc.

¤- Rabat la jolie ville à l’hygiène romano-musulmane :

      «Là, c'était le bain turc des Oudaïa [ancien camp militaire fortifié situé à Rabat et bâti au XIIᵉ siècle devenu quartier habité], un joli bain,  propre et paisible, où Tolly, très souvent, aimait à s'attarder, parmi la buée opaque qui montait des dalles ruisselantes, et sous le demi-jour diapré qui tombait des quatre verrières multicolores du plafond. L'Islam, partout, a su conserver la tradition romaine des thermes. Et le musulman, n'importe sa caste, connaît une hygiène que le chrétien ne connaît pas, ne connaît plus, depuis que la candide Renaissance et que l’hypocrite Réforme l'ont contraint de devenir un simple catholique, un Blaise Pascal épris de saleté.», www.babelio.com, etc.

·  La vie mystérieuse des harems, Henriette Celarié, Hachette, 1927, « Marrakech ou la ville indigène des harems aux constructions nouvelles » :

      Née en 1872, à Reims, France et morte en 1958, à Neuilly-sur-Seine, en Hauts-de-Seine, Henriette Celarié est une écrivaine et romancière française. Elle est ‘auteure de : Au pair, une Française en Allemagne (1911), Petite "Novia" : une Française en Espagne (1913), Un mois au Maroc (1923), La vie mystérieuse des harems (1927),  L'épopée marocaine (1928), etc.

¤- Marrakech ou la ville indigène des harems aux constructions nouvelles :

      «Je n’avais pas revu Marrakech depuis trois ans. Aux alentours de la place Djmaa-el-F’na et de la koutoubia, la ville indigène a changé. Il y a eu des « embellissements », des constructions nouvelles. [...]  J’ai été admise dans la partie du château où le caïd mène sa vie privée. Je désire davantage : voir les femmes. L’obtiendrai-je ? ».   [...] Confiante en la promesse qui m’a été faite hier, je tenterai tout à l’heure d’entrer dans la kasbah, de pénétrer (les harems) auprès de la femme de Si Mohamed.» [...] A si Abderrahman, je dis mon étonnement d’avoir entendu sa fille Mina me répondre en Français : « Où l’a-t-elle appris ? » – A l’école, chez les sœurs. – Elle est intelligente. Les sœurs auraient voulu la pousser, lui faire passer des examens. Cela ne m’a pas plu. Pourquoi ? « Là, madame, nos mœurs et les vôtres sont inconciliables »,  wwww.lvm, pp. 8-171.

·  Courrier Sud, Antoine  de Saint-Exupéry, Gallimard, 1929, Cap Juby – « Tarfaya ou la ville observatoire isolé en plein Sahara » :

Né en 1900, à Lyon1,  et mort disparu en en vol, en 1944, au large de Marseille, Antoine de Saint-Exupéry est un écrivain, romancier, poète, aviateur et reporter français. Il passe bien son enfance malgré les morts précoce de son père et d'un frère. Il obtient son baccalauréat (1917à.. Après l’échec au concours de l'École navale, il opte pou les beaux-arts et l'architecture. En 1922, devenu pilote à son service militaire, il s’engagé à la compagnie Latécoère futur  Aéropostale (1926). Il porte le courrier de Toulouse au Sénégal, puis en Amérique du Sud (1929). Il est l’auteur de : Courrier sud (1929à, Vol de nuit (1931à, Terre des hommes (1939), Le Petit Prince (1943), etc.

    ¤- Cap Juby – Tarfaya ou la ville observatoire isolé en plein Sahara :

«En dix minutes, la nouvelle nous parvenait par Barcelone, par Casablanca, par Agadir, puis se propageait vers Dakar. Sur cinq mille kilomètres de ligne [d’avion courrier du sud], les aéroports étaient alertés. A la reprise de six heures du soir, on nous communiquait encore : Courrier atterrira Agadir 21 heures repartira pour Cabo Juby [v. Tarfaya] 21 h. 30 s'y posera avec bombe Michelin stop Cabo Juby préparera feux habituels stop. Ordre rester en contact avec Agadir. Signe : Toulouse. De l'observatoire de Cabo Juby, isolé en plein Sahara, nous suivions une comète lointaine.», www.decitre.fr, pp.7-8.

·   Fès ou  les bourgeois de l’Islam, Jérôme et Jean Tharaud, Librairie Plon, 1930, « Fès ou la ville un  manuscrit surchargé d’images » :

    Nés en 1874, Jérôme et mort 1953, à,  et Jean Tharaud né en 1877, e mort en 1952, ou Ernest et Charles Tharaud, à Saint-Junien en Haute-Vienne, au Limousin, sont, sont deux écrivains et romanciers français. E n 1880, à la mort de leur père, ils quittent Saint-Junien; leur mère  pour vivre chez leur propre père, proviseur du lycée d’Angoulême. Ils y étudient, puis à Jérôme va à l'École normale supérieure. Il est secrétaire de Maurice Barrès, jusqu’à la Première Guerre mondiale (1901-1914). Ils voyagent dans nombre de pays, Palestine, Iran,  Maroc, Roumanie. Ils sont les coauteurs de :    La Maîtresse servante (1911),  La Fête arabe (1912),  Rabat, ou les heures marocaines (1918),  Marrakech ou les seigneurs de l'Atlas (1920), Fez, ou Les bourgeois de l'Islam  (1930), Le Coltineur débile (1898), etc.

    ¤- Fès ou la ville un manuscrit surchargé d’images :

    «Je suis revenu par la suite si souvent à cet endroit d’où j’ai vu Fès pour la première fois, qu’il m’est à peu près impossible de restituer dans son intégrité l’impression du moment. Elle est là, en moi, je le sais : en la cherchant, les yeux fermés, je crois que je vais la saisir, mais aussitôt d’autres images viennent se jeter à la traverse. […] Partout je mets des noms, des visages. Ma première impression est devenue pareille à un manuscrit surchargé, qui peut-être ne vaut pas la page primitive.», www.journals.openedition.org, p.1.

·  A l’ombre de Zalagh, Paul Odinot, Nord-Sud, 1936, « Le Zalagh de Fès ou la ville à l’éternel  abandon de la créature dans les replis d’un bled stérile » :

      Né en 1884, à Remiremont dans les Vosges, et mort en  1958, à l’hôpital Auvert, à Fès, Paul Odinot est un écrivain, romancier et  officier des Affaires indigènes, au Maroc (1911-1912). En 1930, il quitte l’armée: pour ses critiques de ses romans contre la politique du protectorat au Maroc.  Il est l’auteur de : Fathma Drissia, chanteuse de Fès (1920),  Apprendre à mourir (1921), Le Caïd Abdallah (1923, Histoire des sept fiancées (1924), La première communion d’Abd el Kader (1927), Géranium ou la vie d’une femme marocaine (1932),  A l’ombre de Zalagh (1936), etc.

¤- Le Zalagh de Fès ou la ville à l’éternel  abandon de la créature dans les replis d’un bled stérile :

       «La colline aux morts [à Bab Ftouh, à Fès] ne diffère pas énormément de n’importe quel autre fragment du bled. Rien n’y vient rappeler le tien et le mien. À peine se distingue-t-elle des collines voisines par une plus grande abondance de pierres. De ci, de là, un olivier s’y dresse, tordu par son démon, mais immuable, paisible. Le tout puissant maître de ce champ en use pour sa moisson comme le ferait n’importe quel fellah : l’herbe, plus haute au voisinage des dalles, les contourne, leur faisant un cerne sombre. Cette herbe envahit aussi les coupoles, pousse dans les interstices des petites tuiles vertes. Les corps semblent avoir été bus par l’espace sauvage. Seules les Koubbas [v. Lagbeb] veillent, distraitement, sur cette multitude déjà à demi confondue avec les choses ; la ville [de Fès] et le cimetière ne figurent qu’un accident à peine perceptible dès que l’on regarde au-delà. Le Zalagh, la plaine du Sebou, les masses du fond composent un ensemble vaste, tourmenté, silencieux, un peu amer. Éternel abandon – se dira l’homme venu du « sombre Occident » – éternel abandon de la créature dans les replis d’un bled austère, stérile ! », www.ouedaggai.wordpress.com, p1.

·  La nausée, Jean-Paul Sartre, Gallimard, 1938, « Meknès ou la ville du montagnard qui nous fait peur » :

      Né en1905,  à Paris, et mort en 1980, à Paris, ayant refusé le prix Nobel de littérature (1964à, .Jean-Paul Sartre, Jean-Paul Charles Aymard Sartre,  est philosophe, critique littéraire, romancier, nouvelliste et dramaturge et activiste politique français. Il est l’auteur de : La Nausée (1938),  L'Âge de raison  (1945),  La Mort dans l'âme (1949), etc.  

¤- Meknès ou la ville du montagnard qui nous fait peur :

      «Je retrouvais le gout du couscous, l’odeur d'huile qui remplit, à midi, les rues de Burgos, l’odeur de fenouil qui flotte dans celles de Tetuan, [...]; j'étais ému. Voila bien longtemps que cette joie s'est usée. Va-t-elle renaître aujourd'hui? [....] De quelle journée marocaine (ou algérienne? ou syrienne?) cet éclat s'est-il soudain détaché? Je me laisse couler dans le passé, Meknès. Comment donc était-il ce montagnard qui nous fit peur dans une ruelle, entre la mosquée Berdaine et cette place charmante qu'ombrage un murier? II vint sur nous, Anny était à ma droite. Ou a ma gauche? », www.babelio.com, pp. 51-52.

·   Des Sables à la mer, Henri Bosco, Gallimard, 1950, « Fès ou la ville qui n'a pas que ce visage inhospitalier car on y chante des chants courtois » :

     Née e 1888,  à Avignon, et mort en 1976, à Nice,  d'origine provençale et italienne, Henri Bosco est un écrivain et romancier français. Après une agrégation d'italien, il enseigne à Avignon, sa ville natale, à Belgrade, à Grenoble, à Naples et à Rabat. Il prend sa retraite en Provence, Nice et Lourmarin. Il est l’auteur de : Pierre Lampédouze (1925), L'Âne Culotte (1937), Hyacinthe (1940), Bucoliques de Provence (1944), Le Mas Théotime (1945), Monsieur Carre-Benoît à la campagne (1947), Des sables à la mer (950), Une ombre (1978), Des nuages (1980), etc.

      ¤- Fès ou la ville qui n'a pas que ce visage inhospitalier car on y chante des chants courtois :

     « Mais Fès, nous l'avons dit, n'a pas que ce visage inhospitalier. Car on y chante des chants courtois. Il est des jours pour l'émancipation, quand (c'est avril) partent en caravanes des amateurs de plaisirs champêtres, ravis (et la brise souffle), d'entre ce bruit de vent au bruit des eaux se mêler autour de la ville, où fleurissent dans les roseaux vivaces mille petits jardins à demi sauvages. C'est là qu'ils vont. On appelle ces promenades des "nzaha" de printemps. [...] Et c'est là que bientôt, appelant la parole  le rebec invite le luth [...]  Ils chantent sans souci de l'heure, pour prolonger la nuit; et quelques fois, ils ne s'assoupissent qu'un moment avant l'aube pour peu de temps. Car alors, du haut de la ville, des tours, des minarets, descend et se propage la Convocation du matin; l'Oraison de l'aurore, Es-sebah: "la prière vaut mieux que le sommeil.», www emmilaCanalblog.com, p.1.

      Ainsi, les villes du Maroc dans les romans français du temps du Protectorat : 1912-1956 deviennent un kaléidoscope de points de vue tant positifs que négatifs, étant donné le fondement idéologique colonial orientalise et exotique  de ce genre de romans de voyages et de propagande métropolitaine.  En ce sens, Claude Ghiati évoque notamment : «Nombre de ces voyageuses [v. et voyageurs français]  ont eu une véritable passion pour le Maroc au point d’écrire, à côté de leurs voyages, des romans ayant pour cadre la société dans laquelle elles ont vécu. Ces fictions, ici laissées de côté car ne relevant pas du récit de voyage, sont de petits bijoux d’études sociologiques et ethnographiques, incluant des chiffres et des enquêtes, de nombreux repères historiques, des données démographiques, des descriptions très minutieuses des costumes et des intérieurs [v. des  bains turcs et des harems, etc.] de la société urbaine ou des montagnards de l’Atlas. »- «Le Maroc des voyageuses françaises  au temps du Protectorat. Une vision (de) colonisatrices ? »,  www.journalsopenedition. org, p.1.
 
     III. Les villes du Maroc dans les romans français du temps du post-Protectorat : 1956-2017 :

    En ce qui concerne le thème des villes du Maroc dans les romans français du temps du post-Protectorat : 1956-2017,  il est à noter avec Saïd Tasra en particulier la survivance du genre quelque peu modifié, en soulignant : «Plusieurs années après l’indépendance du Maroc, notre pays continue de stimuler la curiosité des voyageurs-écrivains français [v. de romans]. [...] Les nouveaux romanciers ou les nouveaux voyageurs-écrivains s’écartent des chemins battus aussi bien sur le plan de l’exploration de l’espace (refus de l’exotisme) que sur le plan de l’écriture (rejet des catégories constitutives de l’écriture réaliste).» - « La littérature de voyage au Maroc. Quel horizon d’attente ? », Op.cit., p.1. Aussi aurons à observer dans cette optique, à titre d’exemples :

·  La lampe de Sala, Gabriel Germain, Plon, 1958, « Rabat ou la ville de la lampe magique d’argile cause des plus terribles conflits » :

      Né en 1903, à Paris, et mort, en 1978, à Chantilly, Gabriel Germain est un écrivain et romancier  français. Ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé de lettres, il décide à vingt-quatre ans de s'installer au Maroc, où il enseigne la littérature, au lycée Gouraud de Rabat, lycée Hassan II,  et où il se lie  avec son collègue  Henri Bosco. Il est directeur du collège d'Azrou puis responsable du Bulletin de l'Instruction Publique au Maroc (1941-1944). De 1948 à 1954, il est  chargé de la classe de Lettres supérieures, au lycée Gouraud. Il   soutient, un doctorat d'Etat (1952). En 1954, il est nommé en France, à la Faculté de Lettres de Rennes. Il est l’auteur de : La lampe de Sala (1958), etc.

¤- Rabat ou la ville de la lampe magique d’argile cause des plus terribles conflits :

       «Michel, jeune agrégé de vingt-sept ans, méditatif et sauvage, vit en plein quartier arabe, dans une petite ville du Maroc. Il a conservé des relations amicales avec l'une de ses jeunes collègues de Rabat, Françoise, dont il apprécie la personnalité. Elle est catholique pratiquante, alors que lui reste rebelle à tout dogmatisme.  Ils sentent naître un amour réciproque et tout, mais il  possédait une petite lampe d'argile qu’il aime plus qu'à sa vie. Cette lampe lui donne une sorte de « voyance » d’un autre monde et d’un autre corps.  Il devient le soldat Marcellus, du premier siècle après Jésus-Christ,  en des visions bouleversante, des amours du jeune officier romain. En le lui avouant, Il cause entre eux, les plus terribles conflits.», www.decitre.fr , p.1.

·   Perla de Mogador, Nine Moati, Ramsay, 1997, Mogador – « Essaouira ou la ville des princes errants de Tombouctou » :

      Née en 1938, à Paris, Nine Moati, sœur du journaliste Serge Moati, (1946-), est écrivaine et une romancière française, D'origine juive tunisienne, elle a passé son enfance à Tunis. Fille de Serge (1903-1957) socialiste et  même à la Grande Loge de France, rattaché à la communauté des Grana. Il était journaliste, à Tunis socialiste et au Petit Matin. Arrêté pour ses activités de résistant lors de  la Seconde Guerre mondiale, il est déporté au camp de concentration de Sachsenhausen, avant de s'évader.  Il participa à la libération de Paris avant de rejoindre sa famille. Elle est l’auteure : Mon enfant, ma mère (1974),     Les Belles de Tunis  (1983),  L’Orientale (1985), Rose d’Alger (1994), Perla de Mogador (1997), Une terrasse sur le Nil (2004), Le Fil de la vie (2012), etc

        ¤- Mogador – Essaouira ou la ville des princes errants de Tombouctou :

        «Dès qu'elle aperçut sa nuque à travers la vitre, Perla [la jeune juive] sut qu'elle aimerait cet homme [le jeune métis musulman] jusqu'à la fin de sa vie. Elle entra dans l'échoppe du bijoutier sous l'effet d'un enchantement. Le besoin de s'approcher de cet homme à la peau noir d'un grain délicat était si fort qu'elle ne put s'empêcher d'amorcer un geste de la main. Elle le refrénât aussitôt, le cœur affolé, et se mit à songer aux seigneurs du désert, à ces princes errants de Tombouctou qu'elle avait croisés parfois dans les rues de Mogador. Elle en devinait l'odeur musquée et sans doute légèrement poivrée. A dix-huit ans, elle n'avait encore jamais vibré pour un homme, elle n'avait nourris que des rêves d'amour. Dans cette boutique du souk, elle tremblait imperceptiblement sous l'effet d'une émotion toute neuve.», www.booknode.com, p.1.

·  Casa, la casa, Paul Ismaïl, Balland, Jack-Alain Léger, Cartouche, 1998, « Casablanca ou la ville des aïeux et d’Ismaël du Moby Dick de Melville » :

      Né en 1947, à Paris, étant en réalité un Français de souche, Paul Smaïl, ou Jack-Alain Léger, pseudonymes de Daniel Théron, est un écrivain et romancier français. Il est critique rock (1960), musicien de la scène underground (1970) et interprète de Chrysler rose, sous le nom de Jack-Alain Léger.  Il est l’auteur  de : Casa la Casa (1998),  Ali le Magnifique (2003), Vivre me tue (2010), etc.,

       ¤- Casablanca ou la ville des aïeux et d’Ismaël du Moby Dick de Melville :

      «Ce que je vis, je l'écris, ce que j'écris, je le vis. Au dernier chapitre du livre, je m'envolais - non, le héros de mon roman s'envolait pour le Maroc. Le livre fini, je suis parti pour le Maroc. Je n'avais devancé que de quelques semaines, sur le papier, l'appel d'une autre vie, l'aventure, le retour au pays de mes aïeux. [...] Il le fallait, c'était écrit. C'était écrit ! Je me trouvais alors dans cet état d'esprit où se trouve mon semblable, mon frère, Ismaël, à la première page de Moby Dick : «C'est mon truc pour chasser le cafard et faire retomber la tension. [...]  Je cite à peu près, de mémoire. Je n'ai pas sous la main le roman de Melville : je viens juste d'arriver, je n'ai pas eu le temps de rouvrir les cartons où j'avais rangé mes bouquins cet été, avant de m'envoler pour Casa.»,  www.amazon.fr, p.1.

·   La grâce des brigands, Véronique Ovaldé, L'Olivier, 2013, « Tanger ou la ville d’une communauté d'écrivains et d’artistes dépressifs » :

     Née en 1972, à Perreux-sur-Marne, Véronique Ovaldé est une écrivaine et romancière française. Elle entre d’emblée, dans le milieu de l'édition, après un BTS à l'École Estienne. Puis, elle suit des études de lettres par correspondance en travaillant comme chef de fabrication. Elle est l’auteure de : Le sommeil des poissons (2000), Toutes choses scintillant (2002), Déloger l'animal (2005), Et mon cœur transparent (2008), Ce que je sais de Vera Candida (2009), S La grâce des brigands (2013), Soyez imprudents les enfants  (2016), etc.

¤- Tanger ou la ville d’une communauté d'écrivains et d’artistes dépressifs :

       «Maria Cristina Väätonen [à 17 ans, venant du Canada à l’université de Los Angeles] aurait probablement aimé être une femme scandaleuse. Malgré ce désir, elle ne faisait que goûter plaisamment sa vie d'écrivain et la modeste notoriété que son succès accompagnait. C'était l'autre raison pour laquelle elle appréciait d'habiter à Santa Monica: une communauté d'écrivains dépressifs et/ou cacochymes y vivait, arpentant les pontons comme de vieux squales à la recherche d'éperlans. Ils avaient tous tenté de devenir scénaristes ou présentateurs d'émissions culturelles, ils avaient réussi ou échoué, là n'était pas la question, et ils fumaient des cigarillos en regardant la mer et en imaginant s'exiler à Tanger, Paris ou Kyoto. L'un de ces vieux écrivains [Rafael Claramunt, poète mexicain, devenu son mentor] était l'homme le plus important de la vie de Maria Cristina.»,  www.babelio.com, p.1.

·  Je vous écris  dans le noir, Jean-Luc Seigle,  Flammarion, 2015, Essaouira – « Mogador ou la ville d’exil d’une tueuse » :

      Née en  1943, à Paris, Carole Naulleau est ne écrivaine et romancière française. Pendant ses études de lettres elle travaille dans une agence de détectives privés et acquiert des méthodes  policières. Depuis   1981, elle vit  sur la côte aquitaine, au Pays basque. Elle est l’auteur de : Dernier soleil (2013), Poisson cynique (2015),  La Belle de Marrakech (2017), Mamm-gozh et la croix du diable (2018), etc.

       ¤- Essaouira – Mogador ou la ville d’exil d’une tueuse :

      «C’est le récit de Pauline Dubuisson qui s’exile au Maroc et tente une autre vie sous un faux nom.  Nous sommes en 1962, elle travaille à l’hôpital d’Essaouira. Elle est devenue Andrée, une femme comme les autres, un médecin apprécié, sans histoire. Elle a rencontré Jean, un garçon plein de charme, il est ingénieur. Elle s’est mise à rêver d’un avenir, avec lui, cet homme prévenant qu’elle aime d’un amour vrai, sans ombre. Un mariage. Tout recommencer. Écrire avec lui la page blanche d’une vie nouvelle, pure, sans tache. Mais comment lui avouer Pauline, l’autre, celle du passé, la tueuse [de son ex-fiancé Félix Bailly]?», www.france inter.fr, p.1

·  La Belle de Marrakech, Carole Naulleau, Vents salés, 2017, « Marrakech ou la ville d’une héroïne idole et aventurière philanthrope » :

      Née en  1943, à Paris, Carole Naulleau est ne écrivaine et romancière française. Pendant ses études de lettres elle travaille dans une agence de détectives privés et acquiert des méthodes  policières. Depuis   1981, elle vit  sur la côte aquitaine, au Pays basque. Elle est l’auteur de : Dernier soleil (2013), Poisson cynique (2015),  La Belle de Marrakech (2017), Mamm-gozh et la croix du diable (2018), etc.

      ¤- Marrakech ou la ville d’une héroïne idole et aventurière philanthrope :

      «C’est l’histoire de Meredith, à Marrakech, qui tente de venir en aide à un matelot français suspecté de meurtre en menant toutes les investigations qui s’imposent pour la recherche de la vérité. Son nouvel ami, Aladin, un policier marocain, au tempérament froid et stoïque, l’épaule dans sa dangereuse mission.», www. criminocorpus.hypotheses.org, p.1.

      En conclusion, on pourrait dire que le corpus retenu a été suffisamment  représentatif  de la problématique de la diversité des points de vue des écrivains français, hommes femmes sur «Les villes du Maroc dans les romans français : 1885-2017 », tant au temps du pré-Protectorat (1885-1912), qu’au temps du Protectorat (1912-1956), qu’au temps du post-Protectorat (1956-2017), allant du négatif et positif à travers le temps parcouru dans ce cadre. On ne peut alors que constater Paul Faggianelli-Brocart relevant les limites de leurs  genres en ces termes : «La thématique impériale [v. des romans français] en France va alors prendre deux formes, qui vont avoir tendance à s’opposer sur un plan théorique, celle de l’exotisme et du roman colonial. La veine exotique se constitue autour d’une tentative de représentation [v. dans ce genre types de romans] de l’étranger qui soit à même de saisir son altérité sans la gommer. [...] Le réalisme devient dès lors une projection, et dit la colonie et l’altérité rêvée plus que celle rencontrée [v. ici les villes du Maroc dans les  romans français]. [...] Après le constat d’une faillite idéologique occidentale, les auteurs contemporains [de romans français] doivent faire naître d’une situation foncièrement contradictoire un sens renouvelé. [...]  De la même manière, la fiction néoexotique telle qu’elle est employée par Le Clézio intègre à son écriture la marque de cette disqualification de l’Occident [...]. S’il faudrait se garder d’une lecture naïve de l’état du champ littéraire actuel  [des romans français], [...] qui relèvent de ce que Vivian Steemers a justement décrit comme un « néocolonialisme littéraire» [...], la littérature des anciennes métropoles coloniales semble intégrer au moins partiellement l’héritage qui lui donne naissance. » - «Empire & littérature : vers une pratique postcoloniale des études littéraires», www.fabula.org, p.1.
  
                                                                                                   Dr. SOSSE ALAOUI MOHAMMED